Seulement dans des livres, comme vous dites. Seulement! Les livres ne peuvent jamais être seulement ; ils peuvent seulement être toujours.
Jeff Noon

17 oct. 2017

"La beauté me semble de tout recréer."

 À l’origine fut la vitesse, le pur mouvement furtif, le « vent-foudre ». 
 Puis le cosmos décéléra, prit consistance et forme, jusqu’aux lenteurs habitables, jusqu’au vivant, jusqu’à vous. 
 Bienvenue à toi, lent homme lié, poussif tresseur des vitesses.


 Si cette citation vous parle, c’est que vous faites partie de ces conquis, ces irréductibles pour qui La Horde du contrevent est sans doute devenu culte.
 Si cette citation ne vous parle pas, sachez qu’il s’agit des premières lignes d’un roman (si comme mon double vous aimez faire sérieux vous pouvez dire l'incipit), devenu culte donc.



 Adapter un roman (au cinéma, au théâtre ou en BD) est déjà un exercice difficile. Un peu comme une première rencontre avec la belle famille. Adapter un roman culte c’est encore pire. C’est la première rencontre avec la belle famille blanche et bigote en étant noire, juive, homosexuelle (femme donc), végétarienne ET fan de sf. Va falloir s’accrocher pour lutter contre les préjugés !


 Eric Henninot s’est donc lancé ce défi là. Et je dois reconnaître qu’il le relève plutôt bien dans ce premier tome.

 Si quelquefois on peut avoir comme une grande idée, celle de cette BD est sans doute d’inclure une préface de Alain Damasio qui explique son point de vue quant à l’histoire de cette adaptation mais surtout, met en mots une idée essentielle :

« De toute façon, on ne juge pas la valeur d’une adaptation à sa fidélité au support original ; on la juge à la qualité de sa trahison. »


 En abordant La Horde de Eric Henninot, je ne me suis pas dit que je lisais la Horde en BD. Je lisais une BD d’aventure et d’imaginaire…qui m’a rappelé un roman que j’avais lu. Alors oui, pour ce premier tome la trahison me semble de qualité. J’ai apprécié la cohérence de ses partis pris, sa vision des paysages, ses plans larges, son interprétation du vent.



 Sa mise en scène est classique, peut être trop, et trop sage à mon goût. Je ne suis pas fan des visages, son dessin n’est pas celui qui m’interpelle. Et pourtant, cela fonctionne quand même, cela a fonctionné sur moi. Il s’est passé quelque chose. L’histoire se tient, on voit qu’il a aimé le roman et c’est ce qui me plaît le plus. J'ai retrouvé l'esprit de la Horde.


 « Nous sommes dans la Horde d’Eric. Pas la vôtre ! Pas la mienne ! » rappelle Alain. C’est on ne peut plus vrai. Mon Oroshi n’est pas comme cela, mon Caracole non plus, mon Sov encore moins, aucun personnage ne ressemble de près ou de loin aux miens (à l’exception peut être de Pietro). Ma Horde n’est pas celle d’Eric. Elle est toujours mienne. Ma Horde dans Ma tête. Comme l’est toujours mon Seigneur des anneaux ou mon Guide du Routard Galactique. Et cela ne m’a pas empêchée d’apprécier celle d’Eric.


 Rendre une oeuvre intouchable, c’est la laisser se dessécher, se figer, c’est la laisser s’éteindre. Les adaptations, réussies ou non, sont autant de dépoussiérage, d’énergie pure qui réveille l’oeuvre et la fait revivre. Que ceux qui ne connaissent pas la Horde n’oublient pas d’être curieux et après avoir lu cette BD, découvrent l’oeuvre originale. Pour les sceptiques, allez-y, rien ne peut contrecarrer la force de votre propre imagination si vous y croyez suffisamment. Vous aimerez ou non, vous serez d’accord ou non, vous serez tentés par la suite ou non. Et pour ceux qui pensent vraiment que la Horde est intouchable et qui veulent la mettre dans un carcan, souvenez-vous de ces mots :

« N’acceptez pas que l’on fixe ni qui vous êtes ni où rester. »


 Bienvenue à toi Eric et à vous, petite nouvelle ou petit nouveau qui mettez un pied dans cet univers, dans notre Horde de voltés, constituée de toutes ces micros hordes.


 Quant à moi, je m’en vais relire un bouquin qu’il y a 12 ans, un certain Mathias mit entre mes mains et que je mis ensuite entre celles de Kiki, d’Amélie, de Fatima, de Myriam, de Blandine et de tant d’autres qui le mirent à leur tour entre les mains de tant d’autres qui à leur tour etc… etc… etc…


4 janv. 2017

La bonne année ma brave dame !!

  Parce que, même si on ne sait pas si ça fait du bien, en tout cas ça ne peut pas faire de mal, souhaitons nous la bonne année... ainsi donc :


Une bonne et excellente année à tous ! Avec le pack habituel de toutes les bonnes choses à vivre ! 


Mais avez-vous remarqué cette manie qu'on a tous chaque début d’année de prendre de bonnes résolutions ?


Comme pour commencer, un bon régime



ou encore, se remettre au sport…



et rester zen en toutes circonstances.



Mais, assez bizarrement, on ne les tient jamais ces bonnes résolutions !




   Du coup, pourquoi ne pas être plus réaliste ? Alors voici les nouvelles bonnes résolutions :

1/ Penser à se couvrir



parce qu’on ne sait jamais, un accident est vite arrivé.




2/ Expliquer les choses calmement...



...et simplement



3/ Ne pas laisser le ménage en souffrance





4/ Bien préparer son plan d’action




5/ Soigner son style...



…ou pas…



mais bon c’est quand même mieux avec, non ?



6/ Reprendre un bon rythme de lecture, sans stress…



7/ mais surtout, savoir trouver les bons arguments pour convaincre le client et emporter la donne



8/ toujours avoir confiance en ses capacités sans se surestimer bien entendu



9/ Travailler son côté hypocrite …euh...diplomate...



10/ Arrêter de s'exciter avec ces foutus prix littéraires ! Y a une vie après le Goncourt... mmmmmmerde!!!




Et bien sûr, encore et toujours, garder la pêche ! Rester souriant !



Et ne jamais oublier ceux qui ont rejoint la Force…



Bonne année 2017 !!

26 août 2016

Quand je me prends pour Léo Henry.

  Pour fêter les dix ans de la bonne idée de leur création, les éditions Gallmeister ont lancé un concours de nouvelle. Il fallait écrire une nouvelle donc, cohérente, et en y incluant un maximum de titres du catalogue, le tout étant compris entre 3000 et 5000 signes. C’est rigolo comme jeu, non ?

  Alors moi aussi j’ai voulu jouer à Léo Henry, le spécialiste de la nouvelle sous contrainte (j’en profite pour vous encourager à vous inscrire sur son site, ICI, afin de recevoir chaque mois une nouvelle par mail).


  Bon j’ai pas gagné, ce sont des choses qui arrivent mais c’est pas grave. Alors je partage et j’en profite pour dire que cette petite chose sortie de mon cerveau et torturée dans tous les sens pour que ça rentre dans les 5000 signes, est dédiée à Manue, ma sympathique fée de la bière à moi.






 Au lac des bois, assise sur son rocher comme la grenouille sur son nénuphar, Birdy, la fée des Grandes Idées déprimait. Entendant sa déprime résonner au-delà du monde connu et inconnu, la sympathique fée de la bière surgit.
- Ah…quand même, constata-t-elle.
- Je suis malheureuse, annonça Birdy.
- J’aurais pas deviné toute seule.
- Elle est partie et ça fait un creux. Un creux plein de vide avec beaucoup de rien qui l’entoure. Et c’est comme si elle avait arraché un peu de moi en partant, des lambeaux de moi et ça fait mal.
- C’est beau ce que tu dis, répondit la sympathique fée de la bière sans trop y croire. Du coup, tu restes sur ton rocher pour vingt cinq ans de solitude ou tu comptes à un moment faire autre chose qu’avoir mal ?
 Birdy retint un gros sanglot comme un enfant sans doudou.
- Du vide et de la corrosion qui creuse…
- Ok ! s’exclama la sympathique fée de la bière. Je sais ce qu’il te faut. Un voyage initiatique ! C’est ce que font les déprimés. Ça ou se raser le crâne et partir chanter sur les routes de Katmandou avec des chèvres du Larzac.
- Un voyage ?
- Oui et je sais exactement quoi et où. Dans la contrée indienne, à Indian Creek précisément, là où les rivières se séparent, tu trouveras le saloon des derniers mots doux. Là bas les truites…
- Sérieux ? J’ai mal à mon vide et tu me parles de mots doux ?
- Cesse de jouer les oiseaux de malheur et écoute. Tu feras des rencontres avec l’archidruide, Joe. Il te montrera l’itinéraire d’un pêcheur à la mouche mais surtout, l’art du Shibumi.
- Shifumi.
- Non, Shibumi. Tu verras.

 C’est ainsi que, oubliant le petit déjeuner des champions pourtant réglementaire en de telles circonstances, la sympathique et non moins déprimée fée des Grandes Idées prit la route, en promettant de la remettre à sa place en fin de mission. Trouver l’archidruide fut une mince affaire car à vol d’oiseau et même sans l’âge du capitaine, ce n’était pas si loin. Elle ne traversa pas enfer et désolations, tourna à droite après la montagne en sucre, évita les derniers grizzlis qui par mesure de précaution voyageaient à deux plutôt qu’en animaux solitaires, rata la dernière séance à laquelle elle ne comptait pas aller et parvint à destination avant la nuit.

 L’archidruide était affalé contre le bar du saloon, caché derrière un journal clamant : « Incident à Twenty-Mile : le gang de la clef à molette passe Frank Sinatra dans un mixeur et trouve le testament d’un pêcheur à la mouche ! »

Lorsque le journal se baissa, Birdy fut surprise de constater que Joe n’était ni tout à fait un homme, ni tout à fait une femme, sans prendre pour autant des deux mais ressemblait étrangement à la sympathique fée de la bière, avec une barbe et des pieds en peau d’ours.
- Souvenirs de mes années grizzly.

- Il paraît que tu connais le Shibumi.
- Le quoi ?
- La fée de la bière a dit…
- Ah ouais ! la coupa Joe. Mais non. Moi je peux t’offrir une bière et disserter sur la danse avec les truites. Pour le reste, il vaut mieux voir l’indien blanc.
 Birdy accepta la bière parce qu’elle avait soif et la dissertation parce qu’elle n’avait pas le choix puis s’enquit du moyen de trouver ledit indien.
- Alaska.
- Le pays ?!
- L’Alaska n’est pas un pays et en l’occurence, c’est un bar. Et méfie-toi. Si l’indien te demande de classer les sortilèges de l’ouest par ordre alphabétique de grandeur, c’est qu’il est cuit. Faudra revenir dans un jour ou deux.

 Elle trouva le bar et l’indien qui, étrangement, ressemblait à la fée de la bière, avec des plumes et un parfum de jitterbug lisant un journal annonçant : « Miracle à Santa Anna : trouvez la délivrance dans la vente d’aquarium ».
- Est-ce que je rêve?
- Qui sait ? répondit l’indien.
- Bon alors, ce Shibumi ?
- Toi retrouver le livre de Yaak et moi te montrer Shibumi.
- Pourquoi tu parles comme ça ?
- Histoire de faire couleur locale.
- Ok. Il est où ton bouquin ?
- C’est l’expert qui l’a. Sur la colline des potences il y a un bar, la dernière frontière.
 Birdy soupira.
- Une petite bière ?

 Elle accepta puis trouva l’expert qui après lui avoir offert à boire, promit le livre en échange de l’oiseau du bon dieu possédé par Cassandra, sise dans le jardin des martyrs nord américains, laquelle, après une bière, exigea le nom des étoiles que les arpenteurs, molosses de flammes et d’argile, avaient pris pour offrir aux douze tribus d’Hattie en gage de respect, lesquelles logeaient au refuge de Sukkwan Island un bar à thème, où là, l’homme qui marchait sur la lune, un fou ordinaire, après une bière, lui donna le petit traité de philosophie naturelle, ouvrage mystérieux dont la couverture mentionnait « Pas de panique ! » ce qui lui rappela vaguement quelque chose. Elle accepta les bières puis retourna récupérer ce qui devait l’être et retrouva l’indien/fée de la bière.

- Bon alors ! Pourquoi tu me trimballes ?
- Tu vois, si ton coeur doit être un désert solitaire, je serai toujours là pour le peupler un peu et jouer au Shibumi.
- Mais c’est quoi à la fin ?
- C’est comme le shifumi mais avec un b comme bière !


10 déc. 2015

Bienvenue dans La Ville Qui n'Existe Pas ...



... et pour qu'elle puisse encore une fois ne pas exister sauf dans votre bibliothèque et celle de plein plein plein d'autres gens, dans votre tête et celle de plein plein plein d'autres gens, et bien les éditions Dystopia ont besoin de votre porte monnaie et celui de plein plein plein d'autres gens.


  Quouaaaa !?! Vous ne voyez pas du tout de quoi-qui-qu'est-ce-mais-qu'est-ce-que-vous-voulez-exactement ? Alors quand on dit Yirminadingrad, c'est pas pour faire comme Mary Poppins. C'est parce qu'on parle de ça :




   Et d'abord, vous allez aller pour jeter votre oeil insatisfait et vous découvrirez la ville créée par Jacques Mucchielli et Léo Henry.


 Ensuite, vous pourrez comprendre tout l'intérêt du projet qui se poursuit avec ça :




et ça :




   Donc, Adar viendra compléter ce petit voyage ou même vous initier. Et au cas où vous vous poseriez encore la question de pourquoi participer, regardez donc la liste des auteurs au sommaire d'un peu plus près... vous aurez de quoi faire vibrer vos neurones.

Stéphane Beauverger
David Calvo
Alain Damasio
Mélanie Fazi
Vincent Gessler
Sébastien Juillard
Laurent Kloetzer
luvan
Norbert Merjagnan
Jérôme Noirez
Anne-Sylvie Salzman
Maheva Stephan-Bagni


   Oui, je sais, moi aussi ça m'a fait de l'effet.



   Donc, maintenant, vous n'avez plus d'autre choix que d'aller cliquer ICI pour plus d'informations sur la marche à suivre.


   Et comme j'aime à le dire, c'est toujours ça que les impôts n'auront pas.

20 oct. 2015

Si ça continue, va falloir que ça cesse !




Cher David,

  si certains longtemps se sont couchés de bonne heure (moi aussi chaque fois que j’ai essayé Proust je suis allée me coucher), j’ai quant à moi longtemps réfléchi à comment entamer cette lettre. J’ai tergiversé (environ 30 secondes) mais finalement j’irai droit au but : à un moment donné, David, faudrait quand même voir à arrêter les conneries !


   Là, tu fais l’innocent et tu te demandes de quoi je peux bien te causer. De ton nouveau roman, évidemment, si tant est que je puisse appeler ça un roman. Certaines personnes en charge de définir les définitions du sens des mots pourraient être tentées de classer tes créations dans les substances illicites ou les psychotropes ayant pour but de créer un effet de dépendance bref… Aldous Huxley président !


   Ton nouveau roman, donc, Sous la Colline, aux éditions La Volte (maison d’édition fort embêtante au demeurant et qui mériterait également que je lui adresse une lettre bien sentie), nous raconte l’histoire de la découverte, après un incendie dans l’Unité d’Habitation du Corbusier à Marseille, d’un placard non référencé. Et comme chacun sait, il faut se méfier des placards inconnus, surtout quand c’est toi qui la racontes, l’histoire.


   Est-ce qu’au moins tu as conscience de ce que tu fais ? Parce que là, c’est du grand n’importe quoi !! Tu ne peux pas écrire des romans qu’on n’a pas envie de quitter, des romans dont on veut connaître la fin mais dont on ne veut pas voir la fin ! Te rends-tu compte du paradoxe, du conflit intérieur, dans lequel tu plonges le lecteur ? Toi, t’es là, t’écris tes histoires géniales comme Elliot du Néant, qui pourrait recevoir des prix d’ailleurs, genre… …laisse moi réfléchir… tiens, un Grand Prix de l’Imaginaire par exemple (heureusement qu’on ne te le donne pas ! Il reste encore des gens sains d’esprit dans ce monde. Non mais on va où là si on se met à donner des prix à des romans géniaux !?!). Mais bon, ceci est un autre problème. Revenons à nos écureuils.


   Sous la Colline. Bon d’accord, je te l’accorde, il est sans doute moins magique qu’Elliot du Néant, mais c’est pas une raison ! Mais qu’est-ce que tu crois ? Que j’ai que toi à lire ? Tu ne peux pas me faire ça David ! Nous faire ça ! Je lis ton roman et non seulement je n’ai pas envie que ça s’arrête mais quand ça s’arrête, parce que ça s’arrête à un moment donné malgré tous mes efforts, et bien tout s’arrête. Tu comprends un peu !?! Il y a ce moment qui suit la dernière page tournée où on est encore sous ton emprise, comme si l’ambiance du récit sortait des pages et se diluait dans l’air ambiant. Et du coup, qu’est-ce qui se passe ? Je te le demande ! Ben je vais te le dire puisque t’as pas l’air de savoir ! Ben il se passe qu’on peut rien lire d’autre pendant un certain temps, voire un temps certain parce que tout roman qui suivrait le tien en pâtirait forcément (du coup, il pâtirait pas très loin d’ailleurs). Tu crois que j’ai que ça à foutre MOI !?! Arrêter de lire parce que TON roman est encore dans MA tête !!


   Ton roman, parlons-en justement. Il se déroule donc, dans l’Unité d’Habitation du Corbusier à Marseille où il se passe des choses étranges (qu’il me paraît difficile de décrire plus avant dans le détail parce que chaque ingrédient que tu amènes mérite l’étonnement qu’il génère et surtout parce que ce serait dangereux, ça pourrait susciter la curiosité de nouveaux lecteurs. Je vais quand même pas leur dire qu’on ne s’ennuie pas, qu’il y a toujours une rencontre, un incident, un détail de l’immeuble pour intriguer. Tu ne m’auras pas comme ça ! ). Et voilà ! Maintenant, on a qu’une envie : celle d’aller jouer au pingouin pour visiter ce bâtiment qui parait-il, est une oeuvre d’art. Et tu crois que j’ai que ça à foutre MOI !?! Aller visiter des oeuvres d’art ! Mais si la culture m’intéressait, je serais libraire !


   D’ailleurs, puisqu’on en parle (enfin c’est surtout moi qui parle là, toi on t’a pas beaucoup entendu jusque là cela dit en passant, tout vient à point à qui sait se servir, mais comme c’est une lettre c’est peut-être normal cela dit !). Donc, parlons-en ! Te rends-tu compte de la situation dans laquelle tu me mets justement en tant que libraire ? Parce que moi, pauvre innocente, quand une cliente me demande conseil, je lui demande si elle te connaît le plus innocemment possible bien sûr (je m’étonne toujours qu’ils ne te connaissent pas mais en même temps, ça me rassure, je me dis que c’est peut-être pour ça que le monde ne part pas en couilles…euh… ou alors c’est l’inverse peut-être…parce qu’ils ne te connaissent pas que le monde part en couilles !?!). Bref, quand elle me dit non, cette cliente, je lui fourgue ton roman, toujours le plus innocemment possible, parce que je me dis que bon, le problème vient peut être de moi. Et là, figure-toi qu’elle revient me voir pour me dire que, je cite : « c’est génial, j’adore mais c’est terrible j’ai pas envie que ça s’arrête. » Et qu’est-ce que je fais moi, maintenant !?! Parce qu’elle va revenir cette dame ! Tu crois que j’ai que ça à foutre MOI !?! Conseiller les gens ! M’en fous ! Je te préviens, je lui vend Elliot la prochaine fois, ça te fera les pieds !


   Tu dois être la seule personne que je connaisse qui soit capable de me coller une oeuvre d’art du Corbusier, un trans (et pourquoi pas des gens de couleur tant qu’on y est !), des fées, des robots, des dimensions parallèles, de la thérianthropie (ça fait tout de suite plus intelligent que de dire des gens avec des têtes d’animaux), le mistral, une intelligence artificielle, de la musique, une gorgone, de la poésie, l’Histoire avec un grand H dans une histoire avec le petit, tout ça dans un ensemble cohérent et qui tient la route ! Un jour ma mère m’a dit : « t’inquiètes pas ma chérie, s’ils sont revenus pour E.T, ils reviendront pour toi aussi ». Mais c’est parce qu’elle te connaissait pas encore !!! 


   Mais si encore tu t’arrêtais là, je pourrais te pardonner. Mais non !!! En plus, t’as un style, une empreinte. T’es addictif David et, ça, c’est grave !!! Quand je lis un passage comme ça alors que je ne suis qu’à la page 14/15 (attention que personne ne lise derrière ton épaule ! Je ne voudrais pas donner envie à quelqu’un de te lire, y a déjà assez de victimes comme ça) :

« Plus profondément , en Colline, il y a la curiosité de tout savoir. Il y a plus de trente ans d’érosion, un estomac en vrac, l’habitude d’une existence pauvre, passée sur la route, acharnée à explorer l’absence des lieux déserts. Il y a l’absence, le déracinement, une solitude. Il y a la tristesse d’un renoncement. L’angoisse de ne jamais vraiment être tout à fait ce qu’on désire être. Il n’y a pas de courage. Simplement : l’insécurité d’un corps qui ne dit pas son nom, un monde qui n’ose pas se dévoiler. C’est la fin de tout, lovée autour de l’espoir d’un ailleurs.

C’est mensonge. »

Tu t’attends à ce qui se passe quoi après ça ? Qu’on s’arrête de lire !?!


   Comment veux-tu qu’on s’en sorte ? Tu crois que j’ai que ça à foutre, MOI !?! Lire pour le plaisir !?! Tu ne peux pas lâcher dans la nature des livres originaux, envoûtants ET bien écrits. C’est comme si moi j’avais choisi drôle, intelligente ET belle ! Tout le monde sait que j’ai choisi belle. Alors, choisis ton camp BORDEL !! Si tu persistes, je te préviens…fais gaffe ! Je t’inscris à un stage d’écriture avec Marc Lévy.


   Le cinéma ne peut pas avoir David Lynch et la littérature, David Calvo. Même si à chacun son David et les écureuils, lamas, pingouins, macareux et reste de la ménagerie seront bien gardés, trop c’est trop ! Pour le bien être de l’humanité, je t’implore de faire un effort. Arrête de vouloir aller vers le haut, vers le mieux, vers le beau. Parce qu’à force de vouloir élever le niveau, tu pourrais donner envie aux gens de réfléchir, de se servir de leur cerveau autrement que comme une éponge à conneries…pour appréhender ce qui les entoure avec un regard curieux par exemple ! Et la curiosité, c’est un vilain défaut pour qui mal y pense ! Tu le vois le danger, là !?!


   Alors pour conclure, je te dirais bien à bon entendeur, cordialement bisous comme dirait certaine personne de ma connaissance, mais en plus, pour me résumer et bien enfoncer le clou dans le dos de la main morte, je vais te trouver 42 bonnes mauvaises raisons de ne pas lire ton livre. Si avec ça, on est pas tranquille, j’envoie mon CV chez Harlequin.


1 C’est un livre de La Volte, ça devrait suffire à vous dire


et donc à vous méfier.

2 C’est différent et comme chacun sait, la différence, c’est dangereux parce que c’est pas pareil.

3 C’est bien écrit mais pas dans le genre chiant, juste le genre bien écrit.

4 C’est intelligent mais pas dans le genre chiant, juste le genre



5 Ça rend fou. La preuve…

6 C’est l’expression d’une certaine forme de poésie littérairement et littéralement venue d’ailleurs.

7 C’est l’expression d’une certaine forme de poésie.

8 C’est l’expression d’une certaine forme.

9 C’est l’expression.

10 Ça parle d’art et moi j’ai jamais compris pourquoi le carré, il voulait pas entrer dans le rond…le salaud !

11 Le personnage principal est un trans et je crois même qu’il y a une personne d’origine étrangère à notre peau blanche, dis donc !

12 On voit 42 à un moment.

13 Y a des fées… toutes des ssssssssalopes sauf maman.

14 Y a des vieux.

15 Y a des gosses.

16 Y a un lama qui bouffe quelqu’un…peut-être un gosse, allez savoir avec ces gens-là.

17 Y a du sexe… un peu… pas assez.

18 Y a une playlist mélangeant Blondie, David Bowie et Sacha Distel…vous le voyez le problème là !?!  

19 La couverture, c’est une peinture réalisée par ma nièce, 4 ans mais elle est trèèèèèèès en avance pour son âge.

20 Y a des gros mots… un peu… pas assez.

21 Certains personnages ont des noms débiles… certains personnages SONT débiles… putain, comme dans la vraie vie !

22 Y a des mots grecs, et on sait bien ce qui s’y passe chez les grecs !

23 A croire mon double, je cite : « Si on va par là, on peut aller partout, et revenir nulle part, ou alors traverser ici et là pour repartir là bas. »

24 C’est le même auteur qu’Elliot du Néant au cas où vous auriez pas remarqué !!

25 Y a des phrases, on comprend pas ce que ça veut dire ! Mais qui êtes-vous?

26 Y a des phrases…

27 … donc y a pas d’images même si les phrases sont des images en mots.

28 Vous voyez bien que ça rend fou !

29 La vérité vient bien d’ailleurs la vérité vient.

30 Y a des onomatopées « Grmpf ».

31 C’est envoûtant, ça vous colle au cerveau.

32 Le numéro que vous avez demandé n’est plus attribué.

33 Votre troisième oeil va s’ouvrir.

34 Y a de l’origami.

35 J’y vais mais j’ai peur!

36 Quand vous aurez fini de lire cette liste de raisons, vous ne saurez même plus pourquoi vous avez commencé à la lire.

37 C’est un livre magique : si vous le jetez en l’air, il ne s’envole pas.

38 C’est un auteur magique : si vous le lisez sur terre, vous croirez avoir été jeté en l’air.

39 Vous avez pas des choses plus intéressantes à faire que vous taper ces 42 raisons débiles?

40 On apprend plein de trucs… aïeu !!!! ça fait mal !

41 Vous n’auriez jamais dû arriver jusqu’ici après la raison n°1.


42 C’est un livre de La Volte et n’oubliez pas, achetez La Volte, La Volte vous le rendra, La Volte vaincra !


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