Seulement dans des livres, comme vous dites. Seulement! Les livres ne peuvent jamais être seulement ; ils peuvent seulement être toujours.
Jeff Noon

11 juil. 2013

Les calmars sont nos amis, on n'y touche plus!


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  Billy Harrow, spécialiste des céphalopodes, anime des visites au Muséum d'Histoire Naturelle de Londres, dont l'Architeuthis dux est la pièce majeure. 
 Lorsque l'animal de huit mètres et son immense cage de verre disparaissent sans aucune effraction, la vie de Billy bascule. Une brigade secrète de la police vient l'interroger et le met bientôt en garde contre la secte des adorateurs du dieu Kraken. Mais ces derniers ne sont pas les seuls à vouloir s'emparer du biologiste : des individus impossibles émergent des profondeurs de Londres et traquent désormais Billy, détenteur malgré lui du secret millénaire de la mythique créature des abysses...


  Pour ceux qui l’ignoreraient, China Miéville est un auteur dont quasiment tous les romans ont reçu au minimum un grand prix littéraire de SF (quasiment, car à l’exception du Roi des Rats, le seul non primé si je ne me trompe, à charge de me corriger au cas où). Et si Monsieur Miéville rafle des Locus et des Arthur C. Clarke en veux-tu en voilà, ce n’est pas pour rien. C’est bien parce qu’il est brillant et inventif; et Kraken est une nouvelle démonstration de son talent.


  Mais attention, tout ce talent a évidemment son revers de médaille. Non, China Miéville n’est pas un auteur pour tout le monde car il a une particularité qui peut dérouter plus d’un lecteur : il fait partie de ces auteurs qui ne donnent aucune clef de compréhension à leur oeuvre (ou très peu).  Miéville ne passe pas trois pages à vous raconter pourquoi dans son monde, tout se passe comme ci ou comme ça. Ce monde vous est livré tel quel et les quelques rares indices de compréhension sont disséminés de ci de là, à charge pour le lecteur de se débrouiller tout seul. De là s’en suit naturellement qu’on accroche ou non. Il n’y a pas vraiment de juste milieu. Mais, en échange, les mondes créés par Miéville laissent une grande place à l’imagination du lecteur et à sa capacité d’interprétation. Alors si vous êtes du genre à aimer qu’on vous prenne par la main pour vous guider, effectivement, China Miéville n’est peut-être pas un auteur pour vous. 


  Kraken ne déroge pas à la règle. Il commence comme un roman policier presque classique : la disparition, a priori impossible, d’une pièce de musée assez imposante d’une salle close. Un roman policier «presque» classique, disais-je car la première touche d’étrange survient avec l’arrivée du trio d’enquêteurs qui sont comme un mélange des men in black et des affaires non classées. On se retrouve alors dans la même situation que le personnage principal, sans bien comprendre ce qui arrive, cherchant à se raccrocher à du concret mais en soupçonnant quelque chose. 


  Lorsque Billy bascule de l’autre côté, il découvre un Londres secret mais pas tant caché que ça, fait de magie, de mythes et de religions et c’est là que se situe l’inventivité de Miéville. S’il reprend des thèmes déjà vus maintes fois, ici principalement la magie, ce n’est pas pour nous pondre un énième Harry Potter déguisé en Gandalf. Non, il aborde ces thèmes avec son imagination complètement débridée et détachée de tout carcan et on a réellement une impression de redécouverte. Ici Londres est une entité vivante, les devins fument des clopes dans des ruelles derrière de vieilles boutiques de sport et lisent l’avenir dans le bitume et les canalisations, la magie se condense dans un ipod, la mer possède sa propre ambassade et se découvrir détenteur d’un pouvoir ne vous transforme absolument pas en super héros. 


  A partir du moment où Billy se retrouve kidnappé, Kraken se déroule non stop en un enchaînement de scènes où l’on va de courses poursuites en découvertes, chaque chapitre voire chaque page étant une nouvelle idée. 


  Si l’on peut dire de Miéville qu’il est brillamment inventif, ce qu’on ne peut  pas dire du tout sur lui par contre, c’est que son écriture soit fluide. Elle ne l’est pas. De là également la capacité du lecteur à rester accroché ou non. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’écrit pas bien mais ses concepts et ses idées sont tellement haut perchés, ses mondes tellement foisonnants et il va toujours tellement loin dans le détail, que lire du Miéville demande à chaque moment une certaine concentration. Pourtant, à ce niveau là, Kraken reste un de ses romans les plus faciles à aborder alors si vous vous sentez prêts pour une première immersion, vous pouvez commencer par Kraken. Et si vous connaissez déjà l’auteur, ne vous attendez pas à quelque chose d’aussi bluffant que The City and The City, mais n’hésitez pas, car Kraken reste toujours d’un aussi bon niveau.


  Et si j’avais un souhait à formuler (en dehors de gagner au loto et d’épouser Jodie Foster mais là, on s’écarte des capacités de Monsieur Miéville) ce serait de le voir s’atteler à l’écriture d’un roman de vampires, de zombies ou de loup garou, juste pour voir et être encore une fois époustouflée, par ce qu’il pourrait trouver sur un sujet maintes fois rabâché.


CITRIQ

16 juin 2013

C'est bien, faisez tous comme moi . . .


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  Léo Martin, flic de quartier à Santa Clara, Cuba, se voit confier une affaire de contrebande de lunettes de soleil ainsi qu’une affaire de meurtre. Les deux sont forcément liées et les deux lui permettront peut-être de coincer le mafieu du coin. Du moins, c’est ce qu’il voudrait. Mais pour ça, il va falloir qu’il remue un peu la merde dans son quartier.


   La vie est un tango est un roman qui laisse une forte impression sans trop qu’on sache pourquoi. Peut-être parce qu’on se demande comment avec une intrigue aussi basique, Lorenzo Lunar réussit à nous retenir jusqu’au bout du roman (qu’il a judicieusement fait court et écrit à la première personne ce qui donne un bon rythme de lecture). Ou peut-être parce que l’ambiance très marquée du roman laisse facilement son empreinte. Je penche plus pour la deuxième possibilité car La vie est un tango est un roman qui sent bon le rhum, le soleil mais aussi la poussière et la pauvreté. Évasion garantie car en plongeant dans les mésaventures de Léo, on plonge aussi un peu dans la vie d'un quartier et beaucoup dans la vie à Cuba.


  Ambiance et évasion au rendez-vous et pourtant, La vie est un tango ne peut pas donner envie de vivre à Cuba, surtout si vous êtes une femme car ce qui m'a le plus marquée paradoxalement, c'est la condition féminine. Paradoxalement, car ce n'est absolument pas le sujet du livre! Toutefois, les quelques personnages féminins qu’on y croise suffisent à vous dresser un portrait peu enviable! Pour faire rapide, dans ce genre de quartier, une fille n'a pas trente six choix pour mener sa vie. Elle peut devenir pute ou trouver un mari, les deux possibilités ne s'excluant pas l'une l'autre. Ou sinon, partir mais partir loin, très loin.


   L'intrigue policière passe donc rapidement au second plan car on se doute bien vite qu'autre chose se cache derrière cette affaire de lunettes de soleil "tombées du camion" mais, au final, on s'intéresse plus à ce quartier et à sa vie sociale qu'à la résolution de l’enquête (le fameux qui a fait quoi et comment). Si Léo reste le fil conducteur du roman, il est surtout le catalyseur de cette vie sociale, force étant de constater que le personnage principal du roman n’est autre que ce quartier justement, qui prend l'ascendant sur Léo Martin, un quartier où tout le monde connaît tout le monde, les magouilles des uns et les déboires des autres. La vie est un tango est donc, à mon goût, plus un roman noir voire roman social qu'un roman policier.


   Vous l’aurez compris, la force du roman de Lorenzo Lunar c'est un réalisme brute de décoffrage qui exerce pourtant sur le lecteur une sorte de fascination. Si vous vous attendez à du soleil, des scènes d'action menées par un super flic au charme latino dans un décor fait de palmiers et de sable doux, le tout parsemé de belles nanas, effectivement oubliez ce roman. À Santa Clara, visiblement le sable n'est pas doux, le rhum a souvent un goût frelaté et le héros est loin d'être le gendre idéal (Bon, potentiellement, il reste tout de même quelques belles nanas!). Mais si vous cherchez une plongée brutale dans la vie d’un flic de quartier, dans une ambiance moite et étouffante, le tout pour beaucoup moins chère qu’un billet d’avion, c'est bon, préparez-vous un bon cocktail à base de rhum et jetez vous sur La vie est un tango. Vous en ressortirez imprégné de son atmosphère, la fumée de cigare et le bronzage en moins.

(le cigare reste en option pour ceux qui aiment)

Et n'oubliez pas, comme toujours chez les éditions Asphalte, la petite bande son qui va avec.


CITRIQ

4 juin 2013

Faites un voeu . . . et dites Dystopia.



   Lorsque je vous le dirai, vous fermerez les yeux et vous souhaiterez un monde où règnent deux lunes. Vous souhaiterez ce monde dominé par une fédération dont la seule ambition serait de s’étendre en ralliant de nouveaux territoires par la diplomatie ou par la guerre. 


   Vous fermerez les yeux et vous souhaiterez lire l’histoire de cette fédération et des soldats qui ont vécu, se sont battus et sont morts pour elle. Vous souhaiterez cette histoire comme autant de chroniques et de contes relatant ses mythes et ses légendes. Vous souhaiterez que ces contes vous entraînent dans des forêts mystérieuses, au bord de sombres lacs, dans des villes étouffantes et des garnisons glacées, entourés de fantômes, de vampires et de nymphes, d’histoires d’amour et de vengeances, de héros et de lâches.


   Vous fermerez les yeux et vous souhaiterez que ces chroniques se construisent comme un puzzle, chaque pièce autonome s’ajustant aux autres pour dessiner des motifs, tracer un chemin qui vous conduise vers une image finale qui ne se révélera qu’une fois la dernière pièce installée.


   Vous fermerez les yeux et vous souhaiterez un livre regroupant ces histoires, un livre écrit par deux auteurs audacieux à la plume élégante emprunte de poésie, au style envoûtant et impérissable. Vous souhaiterez lire un chef-d’oeuvre, de ceux qui, 50 ou 100 ans plus tard, n’auront pas pris une ride et provoqueront toujours autant d’émotions.


   Vous fermerez les yeux et vous souhaiterez ce livre absolument magnifique, parce que je vous le dis mais surtout parce que vous savez maintenant qu’un tel livre existe, qu’il se nomme Les Soldats de la mer et que grâce à lui, vous comprendrez une fois de plus pourquoi certains textes deviennent des classiques immortels et, grâce à lui, vous vous étonnerez, une fois encore, qu’avec quelques mots, certains peuvent prétendre toucher la perfection.


   Vous fermerez les yeux et vous souhaiterez, car vous savez que cette fois-ci, ce voeu, Yves et Ada Rémy l’ont déjà exaucé. 


   Maintenant, fermez les yeux.



   Et quand vous les rouvrirez, vous vous précipiterez pour vous procurer la réédition des Soldats de la mer chez votre libraire préféré car au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, cela fait deux minutes que j’essaie de vous hypnotiser par écrans interposés sans grand espoir de succès mais si vous pouviez faire un petit effort quand même... Achetez ce livre et vous dormirez du sommeil du juste, soulagés et heureux de savoir que si le père Noël n’existe pas, Yves et Ada Rémy eux, oui.

CITRIQ

27 mai 2013

Qui trop éclaire, mal éteint.




  Harper Curtis n’est déjà pas un tendre de nature. Mais lorsque, poursuivi par la police, il trouve refuge dans une maison étrange, cela ne va pas l’arranger. Car cette maison a la capacité de le faire voyager dans le temps. Pris d’hallucinations, persuadé que la maison le guide, il va partir à la recherche de ses victimes, les lumineuses, et ce ne sera pas pour leur conter fleurette.


Elle a survécu.
Il pensait l’avoir tuée.
Elle veut se venger.
Il va la retrouver.


  De Lauren Beukes, on avait beaucoup entendu parler de Zoo City (Prix Arthur C. Clarke en 2011). Elle revient  avec Les Lumineuses, polar teinté de fantastique. Et le problème avec les seconds romans, c’est qu’on en attend toujours beaucoup.


  Les Lumineuses commence comme un thriller classique, se poursuit comme un thriller classique et finit... ... ... comme un thriller classique. C’est bien, je vois que vous suivez. Donc, vous prenez un tueur en série complètement frappé, une victime survivante et complètement obsédée à l’idée de retrouver son agresseur, et vous avez les deux ingrédients de base. Ajoutez à cela des flics un peu à côté de la plaque et des journalistes trop gentils qui heureusement sont là pour aider l’héroïne et vous avez tout ce qu’il faut pour que ça fonctionne. On pourrait s’arrêter à ce point de vue là et alors, Les Lumineuses ne serait qu’un polar à tueur en série de plus. On ne s’arrêtera donc pas là.


  La seule originalité du roman est apportée par l’idée de maison qui fait voyager dans le temps (Avouez Lauren que vous étiez jalouse du TARDIS!) et par le mode narratif choisi. Et oui, forcément, avec une idée de base comme celle-là, ça aurait été très con de raconter l’histoire de manière chronologique. C’est pourquoi, Lauren Beukes a choisi un ordre chronologico-shakerisé (j’adore inventer des mots). Est-ce que cela apporte réellement quelque chose à l’histoire? Sans doute pas mais c’est ce qui, au lieu d’en faire un polar de plus perdu dans la masse, en fait un polar prenant et agréable à lire de bout en bout.


  Lauren Beukes maîtrise parfaitement son sujet, peut-être un peu trop parfaitement. Un peu plus de... tiens mais un peu plus de quoi d’ailleurs? En fait, c’est ça, il manque d’un quelque chose pour en faire un polar qui sorte des sentiers battus, peut-être une histoire un peu plus travaillée, plus alambiquée ou plus, tout simplement. 


  Alors, vous l’avez compris, ce n’est certainement pas par ce roman-là que Lauren Beukes marquera les esprits, mais il faut reconnaître que Les Lumineuses reste un polar divertissant et efficace pour qui n’est pas rebuté par le côté tueur en série.


  Tant qu’elles y étaient, les éditions Presses de la Cité ont eu la bonne idée de rééditer Zoo City (anciennement chez Eclipse, maison d’édition tristement décédée mais dont une grosse partie du catalogue a été reprise par Panini). Il convient de signaler à ce propos, le travail réussi et soigné des  Presses de la Cité sur les couvertures des deux romans. Pour Zoo City, ils ont eu l’intelligence de garder celle de la première édition et de faire un format plus petit pour pouvoir proposer un prix en dessous des 20 euros (17 euros exactement). 


CITRIQ

21 mai 2013

De la jungle et de ce qu'il nous en coûtera





  A l’heure où on annonce de nouvelles fermetures de librairie et où il est de bon ton d’accuser le numérique de tuer le livre papier, sort ce livre sur l’envers du décor (du moins une partie de l’envers du décor) de la multinationale Amazon.


  Le point de départ est des plus simple. La politique de confidentialité du groupe Amazon est telle qu’aucune visite de journaliste ne semble être autorisée dans aucun de ses entrepôts de logistique (entendons par là de vraies visites de journalistes libres de se déplacer, de prendre des photos et de parler aux salariés, et non des reportages bien calibrés par le propre service communication d’Amazon). La seule manière d’en voir l’intérieur, du coup, est de se faire embaucher. C’est ce qu’a fait le (jeune) journaliste Jean-Baptiste Malet lors du pic d’activité des fêtes de Noël 2012, du moins en tant qu’intérimaire car si vous lisez ce livre vous vous rendrez compte qu’il n’est pas si aisé de travailler en CDI chez Amazon.


   Disons le tout de suite : l’enquête menée par Jean-Baptiste Malet n’est pas aussi approfondie qu’elle aurait mérité de l’être mais elle constitue néanmoins une image absolument édifiante de cette multinationale et du modèle qu’elle est en train de mettre en place.


   Tout y passe, absolument tout : 

   de la méthode de recrutement par les agences d’intérim : le discours de la responsable du recrutement chez Adecco en devient presque comique tellement il est débilitant et ce surtout pour elle, avec des phrases à la con comme : «Amazon, c’est des américains, ils pensent aux salariés.» ou mieux  : «Pour Pâques, ils ont organisé une chasse aux oeufs sur le parking. Chaque salarié a reçu une cocotte en chocolat». C’est là qu’on se rend compte que 1 : le ridicule ne tue pas, et 2 : certains seraient vraiment prêts à vendre leur âme au diable pour avoir droit à une part du gâteau.


   aux conditions de travail absolument effarantes : c’est le système du toujours plus et d’avantage encore, sans oublier l’autocongratulation, l’encouragement à la délation et l’employé du mois. Chaque salarié est traqué dans l’entrepôt grâce à son merveilleux outil de travail, le scan, qui indique à chaque minute où il se trouve, ce qu’il fait et à quel rythme. Les temps de pause sont tellement ridicules que ça revient à dire «cours Forrest, avec un peu de chance t’auras le temps de passer aux toilettes». Et ma préférée : la fouille des salariés selon des critères apparemment pas vraiment aléatoires, par des vigiles qui te parlent bien, comme s’il fallait les remercier de ne pas frapper.


   en passant par le slogan «work hard, have fun, make history» qui d’ailleurs est bien plus qu’un simple slogan. Surtout le "have fun"! C’est un véritable outil pour Amazon pour empêcher le salarié de réfléchir. Si vous vous demandez comment on peut avoir du «fun» en étant lobotomisé, lisez ce livre! On se croirait revenu au Moyen-Age quand le seigneur des terres distribuait quelques gratifications selon son bon vouloir «tiens le gueux prends ces quelques piécettes et ces miettes de pain». Le rapport à la nourriture m’a particulièrement choquée parce qu’il revient plusieurs fois. «Ils organisent aussi le «Family Day», où tous les employés peuvent venir avec leurs enfants visiter l’entreprise...Ils avaient fait venir des structures gonflables, des trampolines, et ils ont offert de la nourriture à tout le monde.»


   Et vous m’emballerez tout ça dans une politique de confidentialité et de secret bien ficelée et surtout visiblement bien contraire au code du travail. Même la CIA en est jalouse.

                      
   Tout cela pour garantir «la satisfaction du client». Certains diront qu’Amazon n’est pas la seule entreprise à utiliser ces méthodes. C’est vrai et ce qui fait peur c’est que ce modèle risque d’être repris encore et encore. D’autres diront que c’est ainsi que va le monde et que pouvons-nous faire contre cela? D’abord je répondrais que si tout le monde avait dit cela en 40, aujourd’hui on parlerait tous allemand. Ensuite que ce qui me pose problème en plus du reste c’est que mes impôts servent à financer la construction de tels entrepôts (car oui Amazon touche des subventions de l’Etat pour cela alors qu’elle fait plus que des millions d’euros de bénéfices, et non Amazon ne paît pas ses impôts comme tout le monde visiblement), enfin que si c’est vraiment la satisfaction du client qui compte, en ce qui me concerne, pour garantir un petit confort personnel (car le tout, tout de suite n’est qu’un «petit» confort), je ne suis pas prête à accepter de payer ce prix là.

  Pour compléter cette lecture, vous pouvez consulter ce document pour mieux comprendre le système Amazon.

13 mai 2013

VAA comme j'te pousse.


  Le Grand Prix de l’Imaginaire 2013 vient de tomber et on espère qu’il ne s’est pas fait trop mal même si le résultat n’est pas celui escompté. 


  Devant toute l’incompréhension inique dont fait preuve le monde envers notre sensibilité exacerbée (c’est vrai quoi! Kiki43 et moi-même n’auront peut-être bientôt plus de boulot! Ils auraient au moins pu faire ça pour nous remonter le moral!), nous, les Voltés Anonymes, avons décidé d’organiser notre propre remise de prix, le Volté Anonyme Award bientôt connu de par le monde, nous n’en doutons pas, sous l’acronyme VAA là, là (ou VAA t’en que j’m’y mette).


  Sans plus attendre, voici la liste des nominés :

Romans francophones :

Elliot du Néant, de David Calvo aux éditions La Volte
Pourquoi Dieu et pas Douglas Adams, d’un auteur Anonyme et on comprend pourquoi
Le Néant d’Elliot, de Cavid Dalvo (mais un soupçon de plagiat plane sur ce titre)


Romans étrangers :

Enig Marcheur, de Russell Hoban aux éditions  Monsieur Toussaint Louverture
How to  identify a masterpiece when i’ve got one under my eyes!!!! de Nooneloveme


  Après délibérations d’environ...30 secondes, les lauréats sont :


Roman francophone :

Elliot du Néant, de David Calvo




Roman étranger :

Enig Marcheur, de Russell Hoban



  Parce ce sont deux P***INS DE CHEFS-D’OEUVRE!!!!!!!! 


  Prix spécial "c'est-trop-fort-comme-tu-parles-trop-bien-le-pas-français" de la traduction :

Nicolas Richard pour son ENORMISSIME traduction de Enig Marcheur.



  Voilà! Et comme disait Forrest, c’est tout ce que nous avons à dire à ce sujet.

10 mai 2013

On a tous besoin d'un prisonnier chez soi.





   Demain, les prisons seront privatisées. Demain, pour pouvoir finir vos fins de mois, vous serez obligés d’accueillir dans votre cave ou votre appentis, une cellule et son prisonnier. Un peu comme une chambre d’amis, mais sans amis dedans. Vous le ferez peut-être pour l’argent ou peut-être pire, pour le plaisir. 

   Tout cela sous l’égide d’une société toute puissante de téléphonie mobile, Phonemark, qui contrôlera et surveillera votre consommation car pour avoir le droit de rester dans le système, vous serez tenu à un quota minimum de sms.

   Demain, c’est Côté cour. Demain, c’est toujours un peu aujourd’hui.


   Pour ceux qui connaissent un peu les éditions Asphalte, et bien d’abord, ça veut dire que vous êtes curieux et donc forcément intéressant puisque quand on s’intéresse à quelque chose d’intéressant, on finit par l’être, intéressant, non? D’accord, passons.


   Ensuite, ça signifie que Leandro Avalos Blacha ne vous est peut-être pas totalement inconnu puisque déjà l’auteur de Berazachussetts, roman visiblement déjanté où l’on pouvait croiser zombies, fauteuils roulants et pingouins. Pour ma part, j’étais passée à côté de cette première publication mais ce qui est certain, c’est qu’après lecture de Côté cour, j’ai très envie de me pencher sur son cas. 


   Enfin, ça signifie que...euh... non, il n’y a pas de enfin. 


   Côté cour, c’est 5 histoires courtes reliées entre elles par le lieu et par les personnages qui la traversent, comme 5 morceaux d’un puzzle qui une fois assemblé, donne l’histoire d’un quartier. Leandro Avalos Blacha ne nous dépeint pas une galerie de personnages mais les traits de caractère d’une humanité poussée dans ses retranchements, dans ce qu’elle peut dévoiler de pire. Histoire d’amour manipulé, combats de détenus contre des animaux de toutes sortes, expérience scientifique étrange, aucun personnage ne semble être à la hauteur de son humanité à l’exception de certaines grand-mères, seules voix de discordance et parfois de résistance, si tant est que l’on puisse parler de résistance car l’acceptation de ce monde proche en esprit du 1984 de Orwell ne semble jamais être remise en cause.  Comme d’habitude, les gens sont plus prompts à se marcher dessus qu’à avancer ensemble.


   La maîtrise de ce roman repose autant sur ces personnages que sur l’écriture de Blacha, car littérairement parlant, c’est proche de la perfection. D’une brutale précision, le style est percutant, rythmé, sans aucune fioriture et chaque phrase touche directement au but. En quelques mots, le décor est planté. La petite touche de fantastique vient finir d’apporter la dose d’étrangeté qui poétise le tout. Et pour vous emballer tout ça, n’oubliez pas la petite marque de fabrique des éditions Asphalte : la bande son en rabat de la quatrième de couv’ et que vous pouvez écouter sur le blog de la maison d’édition, ICI.


   D’un texte si court (153 pages), il est difficile d’en parler plus sans trop en dévoiler. Je n'en dirai donc pas d'avantage si ce n’est deux choses certaines : la littérature argentine a de beaux jours devant elle et les éditions Asphalte m’intriguent chaque jour d’avantage et si ça continue comme ça, on n’est pas à l’abri de bientôt lire en haut de ce blog, les Voltés Anonymes amoureux de l’Asphalte.



CITRIQ