Seulement dans des livres, comme vous dites. Seulement! Les livres ne peuvent jamais être seulement ; ils peuvent seulement être toujours.
Jeff Noon

26 août 2016

Quand je me prends pour Léo Henry.

  Pour fêter les dix ans de la bonne idée de leur création, les éditions Gallmeister ont lancé un concours de nouvelle. Il fallait écrire une nouvelle donc, cohérente, et en y incluant un maximum de titres du catalogue, le tout étant compris entre 3000 et 5000 signes. C’est rigolo comme jeu, non ?

  Alors moi aussi j’ai voulu jouer à Léo Henry, le spécialiste de la nouvelle sous contrainte (j’en profite pour vous encourager à vous inscrire sur son site, ICI, afin de recevoir chaque mois une nouvelle par mail).


  Bon j’ai pas gagné, ce sont des choses qui arrivent mais c’est pas grave. Alors je partage et j’en profite pour dire que cette petite chose sortie de mon cerveau et torturée dans tous les sens pour que ça rentre dans les 5000 signes, est dédiée à Manue, ma sympathique fée de la bière à moi.






 Au lac des bois, assise sur son rocher comme la grenouille sur son nénuphar, Birdy, la fée des Grandes Idées déprimait. Entendant sa déprime résonner au-delà du monde connu et inconnu, la sympathique fée de la bière surgit.
- Ah…quand même, constata-t-elle.
- Je suis malheureuse, annonça Birdy.
- J’aurais pas deviné toute seule.
- Elle est partie et ça fait un creux. Un creux plein de vide avec beaucoup de rien qui l’entoure. Et c’est comme si elle avait arraché un peu de moi en partant, des lambeaux de moi et ça fait mal.
- C’est beau ce que tu dis, répondit la sympathique fée de la bière sans trop y croire. Du coup, tu restes sur ton rocher pour vingt cinq ans de solitude ou tu comptes à un moment faire autre chose qu’avoir mal ?
 Birdy retint un gros sanglot comme un enfant sans doudou.
- Du vide et de la corrosion qui creuse…
- Ok ! s’exclama la sympathique fée de la bière. Je sais ce qu’il te faut. Un voyage initiatique ! C’est ce que font les déprimés. Ça ou se raser le crâne et partir chanter sur les routes de Katmandou avec des chèvres du Larzac.
- Un voyage ?
- Oui et je sais exactement quoi et où. Dans la contrée indienne, à Indian Creek précisément, là où les rivières se séparent, tu trouveras le saloon des derniers mots doux. Là bas les truites…
- Sérieux ? J’ai mal à mon vide et tu me parles de mots doux ?
- Cesse de jouer les oiseaux de malheur et écoute. Tu feras des rencontres avec l’archidruide, Joe. Il te montrera l’itinéraire d’un pêcheur à la mouche mais surtout, l’art du Shibumi.
- Shifumi.
- Non, Shibumi. Tu verras.

 C’est ainsi que, oubliant le petit déjeuner des champions pourtant réglementaire en de telles circonstances, la sympathique et non moins déprimée fée des Grandes Idées prit la route, en promettant de la remettre à sa place en fin de mission. Trouver l’archidruide fut une mince affaire car à vol d’oiseau et même sans l’âge du capitaine, ce n’était pas si loin. Elle ne traversa pas enfer et désolations, tourna à droite après la montagne en sucre, évita les derniers grizzlis qui par mesure de précaution voyageaient à deux plutôt qu’en animaux solitaires, rata la dernière séance à laquelle elle ne comptait pas aller et parvint à destination avant la nuit.

 L’archidruide était affalé contre le bar du saloon, caché derrière un journal clamant : « Incident à Twenty-Mile : le gang de la clef à molette passe Frank Sinatra dans un mixeur et trouve le testament d’un pêcheur à la mouche ! »

Lorsque le journal se baissa, Birdy fut surprise de constater que Joe n’était ni tout à fait un homme, ni tout à fait une femme, sans prendre pour autant des deux mais ressemblait étrangement à la sympathique fée de la bière, avec une barbe et des pieds en peau d’ours.
- Souvenirs de mes années grizzly.

- Il paraît que tu connais le Shibumi.
- Le quoi ?
- La fée de la bière a dit…
- Ah ouais ! la coupa Joe. Mais non. Moi je peux t’offrir une bière et disserter sur la danse avec les truites. Pour le reste, il vaut mieux voir l’indien blanc.
 Birdy accepta la bière parce qu’elle avait soif et la dissertation parce qu’elle n’avait pas le choix puis s’enquit du moyen de trouver ledit indien.
- Alaska.
- Le pays ?!
- L’Alaska n’est pas un pays et en l’occurence, c’est un bar. Et méfie-toi. Si l’indien te demande de classer les sortilèges de l’ouest par ordre alphabétique de grandeur, c’est qu’il est cuit. Faudra revenir dans un jour ou deux.

 Elle trouva le bar et l’indien qui, étrangement, ressemblait à la fée de la bière, avec des plumes et un parfum de jitterbug lisant un journal annonçant : « Miracle à Santa Anna : trouvez la délivrance dans la vente d’aquarium ».
- Est-ce que je rêve?
- Qui sait ? répondit l’indien.
- Bon alors, ce Shibumi ?
- Toi retrouver le livre de Yaak et moi te montrer Shibumi.
- Pourquoi tu parles comme ça ?
- Histoire de faire couleur locale.
- Ok. Il est où ton bouquin ?
- C’est l’expert qui l’a. Sur la colline des potences il y a un bar, la dernière frontière.
 Birdy soupira.
- Une petite bière ?

 Elle accepta puis trouva l’expert qui après lui avoir offert à boire, promit le livre en échange de l’oiseau du bon dieu possédé par Cassandra, sise dans le jardin des martyrs nord américains, laquelle, après une bière, exigea le nom des étoiles que les arpenteurs, molosses de flammes et d’argile, avaient pris pour offrir aux douze tribus d’Hattie en gage de respect, lesquelles logeaient au refuge de Sukkwan Island un bar à thème, où là, l’homme qui marchait sur la lune, un fou ordinaire, après une bière, lui donna le petit traité de philosophie naturelle, ouvrage mystérieux dont la couverture mentionnait « Pas de panique ! » ce qui lui rappela vaguement quelque chose. Elle accepta les bières puis retourna récupérer ce qui devait l’être et retrouva l’indien/fée de la bière.

- Bon alors ! Pourquoi tu me trimballes ?
- Tu vois, si ton coeur doit être un désert solitaire, je serai toujours là pour le peupler un peu et jouer au Shibumi.
- Mais c’est quoi à la fin ?
- C’est comme le shifumi mais avec un b comme bière !


10 déc. 2015

Bienvenue dans La Ville Qui n'Existe Pas ...



... et pour qu'elle puisse encore une fois ne pas exister sauf dans votre bibliothèque et celle de plein plein plein d'autres gens, dans votre tête et celle de plein plein plein d'autres gens, et bien les éditions Dystopia ont besoin de votre porte monnaie et celui de plein plein plein d'autres gens.


  Quouaaaa !?! Vous ne voyez pas du tout de quoi-qui-qu'est-ce-mais-qu'est-ce-que-vous-voulez-exactement ? Alors quand on dit Yirminadingrad, c'est pas pour faire comme Mary Poppins. C'est parce qu'on parle de ça :




   Et d'abord, vous allez aller pour jeter votre oeil insatisfait et vous découvrirez la ville créée par Jacques Mucchielli et Léo Henry.


 Ensuite, vous pourrez comprendre tout l'intérêt du projet qui se poursuit avec ça :




et ça :




   Donc, Adar viendra compléter ce petit voyage ou même vous initier. Et au cas où vous vous poseriez encore la question de pourquoi participer, regardez donc la liste des auteurs au sommaire d'un peu plus près... vous aurez de quoi faire vibrer vos neurones.

Stéphane Beauverger
David Calvo
Alain Damasio
Mélanie Fazi
Vincent Gessler
Sébastien Juillard
Laurent Kloetzer
luvan
Norbert Merjagnan
Jérôme Noirez
Anne-Sylvie Salzman
Maheva Stephan-Bagni


   Oui, je sais, moi aussi ça m'a fait de l'effet.



   Donc, maintenant, vous n'avez plus d'autre choix que d'aller cliquer ICI pour plus d'informations sur la marche à suivre.


   Et comme j'aime à le dire, c'est toujours ça que les impôts n'auront pas.

20 oct. 2015

Si ça continue, va falloir que ça cesse !




Cher David,

  si certains longtemps se sont couchés de bonne heure (moi aussi chaque fois que j’ai essayé Proust je suis allée me coucher), j’ai quant à moi longtemps réfléchi à comment entamer cette lettre. J’ai tergiversé (environ 30 secondes) mais finalement j’irai droit au but : à un moment donné, David, faudrait quand même voir à arrêter les conneries !


   Là, tu fais l’innocent et tu te demandes de quoi je peux bien te causer. De ton nouveau roman, évidemment, si tant est que je puisse appeler ça un roman. Certaines personnes en charge de définir les définitions du sens des mots pourraient être tentées de classer tes créations dans les substances illicites ou les psychotropes ayant pour but de créer un effet de dépendance bref… Aldous Huxley président !


   Ton nouveau roman, donc, Sous la Colline, aux éditions La Volte (maison d’édition fort embêtante au demeurant et qui mériterait également que je lui adresse une lettre bien sentie), nous raconte l’histoire de la découverte, après un incendie dans l’Unité d’Habitation du Corbusier à Marseille, d’un placard non référencé. Et comme chacun sait, il faut se méfier des placards inconnus, surtout quand c’est toi qui la racontes, l’histoire.


   Est-ce qu’au moins tu as conscience de ce que tu fais ? Parce que là, c’est du grand n’importe quoi !! Tu ne peux pas écrire des romans qu’on n’a pas envie de quitter, des romans dont on veut connaître la fin mais dont on ne veut pas voir la fin ! Te rends-tu compte du paradoxe, du conflit intérieur, dans lequel tu plonges le lecteur ? Toi, t’es là, t’écris tes histoires géniales comme Elliot du Néant, qui pourrait recevoir des prix d’ailleurs, genre… …laisse moi réfléchir… tiens, un Grand Prix de l’Imaginaire par exemple (heureusement qu’on ne te le donne pas ! Il reste encore des gens sains d’esprit dans ce monde. Non mais on va où là si on se met à donner des prix à des romans géniaux !?!). Mais bon, ceci est un autre problème. Revenons à nos écureuils.


   Sous la Colline. Bon d’accord, je te l’accorde, il est sans doute moins magique qu’Elliot du Néant, mais c’est pas une raison ! Mais qu’est-ce que tu crois ? Que j’ai que toi à lire ? Tu ne peux pas me faire ça David ! Nous faire ça ! Je lis ton roman et non seulement je n’ai pas envie que ça s’arrête mais quand ça s’arrête, parce que ça s’arrête à un moment donné malgré tous mes efforts, et bien tout s’arrête. Tu comprends un peu !?! Il y a ce moment qui suit la dernière page tournée où on est encore sous ton emprise, comme si l’ambiance du récit sortait des pages et se diluait dans l’air ambiant. Et du coup, qu’est-ce qui se passe ? Je te le demande ! Ben je vais te le dire puisque t’as pas l’air de savoir ! Ben il se passe qu’on peut rien lire d’autre pendant un certain temps, voire un temps certain parce que tout roman qui suivrait le tien en pâtirait forcément (du coup, il pâtirait pas très loin d’ailleurs). Tu crois que j’ai que ça à foutre MOI !?! Arrêter de lire parce que TON roman est encore dans MA tête !!


   Ton roman, parlons-en justement. Il se déroule donc, dans l’Unité d’Habitation du Corbusier à Marseille où il se passe des choses étranges (qu’il me paraît difficile de décrire plus avant dans le détail parce que chaque ingrédient que tu amènes mérite l’étonnement qu’il génère et surtout parce que ce serait dangereux, ça pourrait susciter la curiosité de nouveaux lecteurs. Je vais quand même pas leur dire qu’on ne s’ennuie pas, qu’il y a toujours une rencontre, un incident, un détail de l’immeuble pour intriguer. Tu ne m’auras pas comme ça ! ). Et voilà ! Maintenant, on a qu’une envie : celle d’aller jouer au pingouin pour visiter ce bâtiment qui parait-il, est une oeuvre d’art. Et tu crois que j’ai que ça à foutre MOI !?! Aller visiter des oeuvres d’art ! Mais si la culture m’intéressait, je serais libraire !


   D’ailleurs, puisqu’on en parle (enfin c’est surtout moi qui parle là, toi on t’a pas beaucoup entendu jusque là cela dit en passant, tout vient à point à qui sait se servir, mais comme c’est une lettre c’est peut-être normal cela dit !). Donc, parlons-en ! Te rends-tu compte de la situation dans laquelle tu me mets justement en tant que libraire ? Parce que moi, pauvre innocente, quand une cliente me demande conseil, je lui demande si elle te connaît le plus innocemment possible bien sûr (je m’étonne toujours qu’ils ne te connaissent pas mais en même temps, ça me rassure, je me dis que c’est peut-être pour ça que le monde ne part pas en couilles…euh… ou alors c’est l’inverse peut-être…parce qu’ils ne te connaissent pas que le monde part en couilles !?!). Bref, quand elle me dit non, cette cliente, je lui fourgue ton roman, toujours le plus innocemment possible, parce que je me dis que bon, le problème vient peut être de moi. Et là, figure-toi qu’elle revient me voir pour me dire que, je cite : « c’est génial, j’adore mais c’est terrible j’ai pas envie que ça s’arrête. » Et qu’est-ce que je fais moi, maintenant !?! Parce qu’elle va revenir cette dame ! Tu crois que j’ai que ça à foutre MOI !?! Conseiller les gens ! M’en fous ! Je te préviens, je lui vend Elliot la prochaine fois, ça te fera les pieds !


   Tu dois être la seule personne que je connaisse qui soit capable de me coller une oeuvre d’art du Corbusier, un trans (et pourquoi pas des gens de couleur tant qu’on y est !), des fées, des robots, des dimensions parallèles, de la thérianthropie (ça fait tout de suite plus intelligent que de dire des gens avec des têtes d’animaux), le mistral, une intelligence artificielle, de la musique, une gorgone, de la poésie, l’Histoire avec un grand H dans une histoire avec le petit, tout ça dans un ensemble cohérent et qui tient la route ! Un jour ma mère m’a dit : « t’inquiètes pas ma chérie, s’ils sont revenus pour E.T, ils reviendront pour toi aussi ». Mais c’est parce qu’elle te connaissait pas encore !!! 


   Mais si encore tu t’arrêtais là, je pourrais te pardonner. Mais non !!! En plus, t’as un style, une empreinte. T’es addictif David et, ça, c’est grave !!! Quand je lis un passage comme ça alors que je ne suis qu’à la page 14/15 (attention que personne ne lise derrière ton épaule ! Je ne voudrais pas donner envie à quelqu’un de te lire, y a déjà assez de victimes comme ça) :

« Plus profondément , en Colline, il y a la curiosité de tout savoir. Il y a plus de trente ans d’érosion, un estomac en vrac, l’habitude d’une existence pauvre, passée sur la route, acharnée à explorer l’absence des lieux déserts. Il y a l’absence, le déracinement, une solitude. Il y a la tristesse d’un renoncement. L’angoisse de ne jamais vraiment être tout à fait ce qu’on désire être. Il n’y a pas de courage. Simplement : l’insécurité d’un corps qui ne dit pas son nom, un monde qui n’ose pas se dévoiler. C’est la fin de tout, lovée autour de l’espoir d’un ailleurs.

C’est mensonge. »

Tu t’attends à ce qui se passe quoi après ça ? Qu’on s’arrête de lire !?!


   Comment veux-tu qu’on s’en sorte ? Tu crois que j’ai que ça à foutre, MOI !?! Lire pour le plaisir !?! Tu ne peux pas lâcher dans la nature des livres originaux, envoûtants ET bien écrits. C’est comme si moi j’avais choisi drôle, intelligente ET belle ! Tout le monde sait que j’ai choisi belle. Alors, choisis ton camp BORDEL !! Si tu persistes, je te préviens…fais gaffe ! Je t’inscris à un stage d’écriture avec Marc Lévy.


   Le cinéma ne peut pas avoir David Lynch et la littérature, David Calvo. Même si à chacun son David et les écureuils, lamas, pingouins, macareux et reste de la ménagerie seront bien gardés, trop c’est trop ! Pour le bien être de l’humanité, je t’implore de faire un effort. Arrête de vouloir aller vers le haut, vers le mieux, vers le beau. Parce qu’à force de vouloir élever le niveau, tu pourrais donner envie aux gens de réfléchir, de se servir de leur cerveau autrement que comme une éponge à conneries…pour appréhender ce qui les entoure avec un regard curieux par exemple ! Et la curiosité, c’est un vilain défaut pour qui mal y pense ! Tu le vois le danger, là !?!


   Alors pour conclure, je te dirais bien à bon entendeur, cordialement bisous comme dirait certaine personne de ma connaissance, mais en plus, pour me résumer et bien enfoncer le clou dans le dos de la main morte, je vais te trouver 42 bonnes mauvaises raisons de ne pas lire ton livre. Si avec ça, on est pas tranquille, j’envoie mon CV chez Harlequin.


1 C’est un livre de La Volte, ça devrait suffire à vous dire


et donc à vous méfier.

2 C’est différent et comme chacun sait, la différence, c’est dangereux parce que c’est pas pareil.

3 C’est bien écrit mais pas dans le genre chiant, juste le genre bien écrit.

4 C’est intelligent mais pas dans le genre chiant, juste le genre



5 Ça rend fou. La preuve…

6 C’est l’expression d’une certaine forme de poésie littérairement et littéralement venue d’ailleurs.

7 C’est l’expression d’une certaine forme de poésie.

8 C’est l’expression d’une certaine forme.

9 C’est l’expression.

10 Ça parle d’art et moi j’ai jamais compris pourquoi le carré, il voulait pas entrer dans le rond…le salaud !

11 Le personnage principal est un trans et je crois même qu’il y a une personne d’origine étrangère à notre peau blanche, dis donc !

12 On voit 42 à un moment.

13 Y a des fées… toutes des ssssssssalopes sauf maman.

14 Y a des vieux.

15 Y a des gosses.

16 Y a un lama qui bouffe quelqu’un…peut-être un gosse, allez savoir avec ces gens-là.

17 Y a du sexe… un peu… pas assez.

18 Y a une playlist mélangeant Blondie, David Bowie et Sacha Distel…vous le voyez le problème là !?!  

19 La couverture, c’est une peinture réalisée par ma nièce, 4 ans mais elle est trèèèèèèès en avance pour son âge.

20 Y a des gros mots… un peu… pas assez.

21 Certains personnages ont des noms débiles… certains personnages SONT débiles… putain, comme dans la vraie vie !

22 Y a des mots grecs, et on sait bien ce qui s’y passe chez les grecs !

23 A croire mon double, je cite : « Si on va par là, on peut aller partout, et revenir nulle part, ou alors traverser ici et là pour repartir là bas. »

24 C’est le même auteur qu’Elliot du Néant au cas où vous auriez pas remarqué !!

25 Y a des phrases, on comprend pas ce que ça veut dire ! Mais qui êtes-vous?

26 Y a des phrases…

27 … donc y a pas d’images même si les phrases sont des images en mots.

28 Vous voyez bien que ça rend fou !

29 La vérité vient bien d’ailleurs la vérité vient.

30 Y a des onomatopées « Grmpf ».

31 C’est envoûtant, ça vous colle au cerveau.

32 Le numéro que vous avez demandé n’est plus attribué.

33 Votre troisième oeil va s’ouvrir.

34 Y a de l’origami.

35 J’y vais mais j’ai peur!

36 Quand vous aurez fini de lire cette liste de raisons, vous ne saurez même plus pourquoi vous avez commencé à la lire.

37 C’est un livre magique : si vous le jetez en l’air, il ne s’envole pas.

38 C’est un auteur magique : si vous le lisez sur terre, vous croirez avoir été jeté en l’air.

39 Vous avez pas des choses plus intéressantes à faire que vous taper ces 42 raisons débiles?

40 On apprend plein de trucs… aïeu !!!! ça fait mal !

41 Vous n’auriez jamais dû arriver jusqu’ici après la raison n°1.


42 C’est un livre de La Volte et n’oubliez pas, achetez La Volte, La Volte vous le rendra, La Volte vaincra !


CITRIQ

29 mai 2015

Pilule rouge ou pilule bleue ?

+



  Alice (la seule, l’unique,la vraie) est en vacances chez sa grande tante à Manchester et elle s’ennuie. Ou plutôt, elle se sent « très fatiguée de n’avoir rien faire », ce qui est beaucoup plus élégant, il faut le reconnaître. En plus de cela, elle angoisse légèrement à l’idée de devoir aller suivre le cours de grammaire que sa tante lui donne chaque jour à heure fixe. C’est à ce moment précis et pas à un autre, alors qu’Alice s’ennuie et angoisse mais est toujours aussi curieuse, que le perroquet,adepte de l’enigme, choisit de se barrer de sa cage pour se sauver dans la grosse horloge… d’où il disparaît. Et là, c’est pas comme si Alice n’était pas au courant de ce qui se passe quand on suit une bestiole dans des endroits bizarres! C’est pas comme si ça ne lui était jamais arrivé! Mais nooooooooooooooon pensez-vous! Ni une ni deux, Alice le suit et tombe dans un tunnel. Enfin, ça a beau être une gosse, vous reconnaîtrez qu’elle est pas bien fine cette Alice!

 A partir de là, Alice se lance dans une grande chasse au perroquet et une course aux énigmes, se retrouve suspecte de meurtres par casse-tête (comprenez que le corps de la victime a été remonté pas tout-dans-le-bon-ordre-rendez-à-chaque-partie-ce-qui-revient-à-César) et va croiser toutes sortes de personnages comme des calculateurmites (comprenez des termites qui calculent), un blairomme aléatoirologue (comprenez…non cherchez pas à comprendre, lisez le livre), un boucher de réversion, un limaçomme qui parle… très… très… très…lentement, un certain monsieur Dodgson, des serpents, un chat nommé Quark, et des ellipses… plein d’ellipses…


  Qui dit Jeff Noon, doit dire :
a/ Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii (citation de mon double)
b/ Je le veux, je le veux, je le veux, il est trop géniaaaaaaaaaaaal!
c/ 

d/ non mais t’es ravagé(e) (citation de mon père)

Que ceux qui choisissent la dernière proposition passent leur chemin, la sortie est .


  Alice Automate est l’un des deux textes que  Flammarion avait choisi d’éditer il est un temps que les moins de 20 ans etc…, et que La Volte (étrangement) n’a pas encore réédité. Et le seul que je n’avais pas encore lu car épuisé. Mais mon double ayant commis l’acte inexplicable de passer nuit et jour sur internet jusqu’à m’en trouver un exemplaire (au point de finir par ressembler à une grenouille croisée avec un lapin pris dans les phares) (non je déconne c’était pas si difficile ; d’ailleurs aucun animal n’a été maltraité pendant cette recherche), voilà chose faite.


  Alice Automate se présente comme une suite des aventures d’Alice au pays des merveilles, Alice ayant déjà vu le lapin à défaut d’autre chose (quoique avec une citation comme celle-là…
« Le grand-oncle Mortimer était un drôle de petit bonhomme qui avait toujours une gâterie en réserve pour Alice… »
…on est en droit de se poser la question.) 

  Enfin bref, comme d’habitude, Noon ne se contente pas de « faire comme », il s’empare de la chose, enfin d’Alice, il te remodèle tout ça pour en faire son Alice, et bien sûr, son Manchester des merveilles. Car n’oubliez pas, avec Jeff Noon, la petite cuillère n’existe pas.


  On retrouve dans Alice Automate tous les ingrédients qui font l’originalité, la créativité, la singularité des textes de Noon : les jeux de mots, les situations oniriques voire hallucinatoires, les mondes parallèles, une petite touche de noirceur, et les personnages déglingués et pourtant porteurs d’une certaine cohérence.

« -Je croyais vous avoir dit que j’étais aléatoirologue ? répliqua le blairomme, furieux. Voyons, que ferait un aléatoirologue avec des calculs? Non, non; un aléatoirologue fait des erreurs de calcul et, d’après mes erreurs de calcul, une dune calculateurmite dotée du pouvoir imaginatif d’un seul être humain devrait être aussi grande que l’univers lui-même! »



  De tous les textes de Noon (j’entends ceux édités en français), ce n’est sans doute pas le plus inventif (même si comme je l’ai déjà dit, même le moins bon des Noon commence toujours très, très haut, genre catégorie génial) mais c’est sans doute le plus facile pour entrer dans son monde. Etrangement, même si ce n’est pas son premier roman, Alice Automate se lit un peu comme un guide touristique pour préparer le voyage, un manuel d’utilisation pour pénétrer les secrets nooniens, un sas de contrôle pour vérifier que tout est paré avant d’aller jouer avec des substances dangereuses, un vaccin avant de partir en territoire inconnu… enfin bref, si vous n’avez jamais lu Noon, vous pouvez commencer par celui-là. Et si vous avez déjà lu Noon, ce sera un peu comme lire la genèse, le côté chiant en moins (au moins Noon lui il écrit bien, parce que dieu, c’est pas par sa plume qu’il s’est fait repérer!).

"Seulement dans des livres, comme vous dites. Seulement! Les livres ne peuvent jamais être seulement ; ils peuvent seulement être toujours."





27 oct. 2014

Conversation en orbites croisées

  Je viens d’offrir à mon double (mordue plus que de raison de la Marguerite) le livre d’entretiens entre Marguerite Duras et Jean-Luc Godard que voici :



   Elle se plaint alors que, par ce cadeau, je la détourne du droit chemin des révisions pour son concours. Ce à quoi je réponds bien entendu qu’elle exagère et que, franchement, il n'est pas bien long ce bouquin et de surcroît, truffé de dialogues donc, rapide à lire, en une soirée c’est une affaire torchée.


   Et là, mon double me soutient, je cite : 
« tu rigoooooles j’espère? Il faut le sa-vou-rer! Deux génies qui se rencontrent, tu te rends compte?! ». (Ouais je reconnais que, parfois, mon double a de belles tournures. Cela dit, sur ce coup là, je crois qu’elle n’a même pas fait exprès.)


   Alors là, je dis quand même que pour ce livre, finalement, tout est dans la photo et que je peux lui faire le résumé de l’entretien moi. Démonstration par l’exemple.


-Tu veux du feu Margot?

-Ouais je veux Goddie, je veux.

-Et sinon, t’en penses quoi de mon dernier film Margot?

-Ben c’est de la merde. Moi, j’y mettrai un peu plus de sabres laser, un ou deux elfes bien gaulés, peut-être aussi un vaisseau spatial avec un moteur à générateur d’improbabilités infinies (ou finies c'est selon) mais à voir quand même pour le budget. Et puis du vent, des bourrasques de vent, et on dirait que les elfes, y chercheraient l’origine du vent mais comme ils auraient perdu leur anneau du pouvoir gps, ils cherchent, ils cherchent et un jour, ils tomberaient dans une brèche, une sorte de faille quoi, où ils croiseraient un macareux qui récite Mallarmé. Et puis, au milieu, je rajouterai un bellâtre, tu vois le beau mec aux yeux bridés (moi j’aime bien les asiatiques en costume blanc mais on peut changer) qui se taperait l’elfe, tu vois, histoire de lui apprendre la vie. Mais l’autre elfe serait pas content et du coup, il tomberait sur le bellâtre à coup de sabre laser et là, PAF! Surprise scénaristique mon Jeannot! On apprendrait qu’en fait, il serait son père.

-Qui ça? L’elfe ou le chinois?

-Mais non, le macareux, arrête de suivre Jeannot. Bon je veux bien qu’on a liquidé pas mal (d’ailleurs crois pas que je t’ai pas vu remplacer mon blanc par de l’eau) mais quand même! C’est pas compliqué c’que j’te raconte.

-Ah je vois! T’es vraiment trop forte Margot. Et on appellerait ça comment?

-Faut vraiment tout te dire à toi, hein! T’as beau avoir des lunettes en cul de bouteille, tu vois pas le monde plus grand pour autant! Faut faire simple, genre : La horde de l’amant du Néantwars et l’anneau perdu.



   Et voilà, emballé c’est pesé! Si vous aussi vous pensez que ça s’est bien passé comme ci-dessus décrit, tapez 42.

13 oct. 2014

C'est pas moi qui le dis, c'est que ça doit être bon . . . aussi.

  En attendant qu'un regain de vitalité, un sursaut de bonne volonté ainsi qu'un soupçon de moral viennent me foutre un coup de pied au cul pour m'occuper à nouveau correctement de ce blog, je peux aussi, parce que je fréquente des gens intéressants (pas beaucoup mais quand même), leur céder la parole. En l'occurrence, une fois n'est pas coutume, je vais laisser un peu de place dans le lit à Copain-de-moi, plus communément appelé Karim (j'avais prévenu sa mère que Copain-de-moi c'était plus original comme prénom, elle n'a pas voulu m'écouter, je me demande encore pourquoi mais bon...), Mister K pour les intimes, pour un livre de Philippe Bordas, Chant Furieux.



  "L’un des plus remarquables romans  de cette rentrée littéraire 2014. Il est grand et lumineux. Il parle d’amitié, de don et de noblesse. Il parle de poésie  et de beauté. L’écriture est d’une richesse telle que ce roman vibre comme un manifeste, une nouvelle défense et illustration de la langue française   
Memos se rend d’un pas décidé chez son ami Wakami. Il veut lui offrir un cadeau : celui de l’incroyable récit des jours vécus aux côtés de Zinedine Zidane.
Memos est photographe, il écrit avec les images. Wakami est un artiste de la langue française, un authentique enfant de la poésie. Son intelligence radieuse est une épreuve pour celui qui lui parle. Wakami est aveugle. Memos sait qu’il  doit par ses mots  « faire voir »,  « faire naitre les images » à l’esprit de Wakami, à son monde intérieur. Paysages, lumières, sensations, mots qui s’ouvrent comme des coquilles et d’où surgissent des leçons de vie, le lecteur reçoit tout le bénéfice de cet art du récit.

Au fil de quatre livres,  quatre tombeaux pour toujours,  Memos sait  toucher l’âme en décrivant le tableau singulier de cette rencontre avec le grand footballeur,  demi-dieu des temps modernes, un vrai personnage de roman qui vit au cœur des 481 pages de ce chant. Dans un  souffle incantatoire, Memos convoque toutes les langues françaises pour dire à la fois la force d’un mythe et le plus taiseux des hommes, pour dire la profondeur du regard, l’énergie d’un corps, l’art du geste de cet athlète unique. Mais au-delà, ce roman rend surtout  à Sidibé, à Mouss,  à cette humanité d’enfants pleins de rage qui, comme Zinedine,  tentent chaque jour de s’arracher à leur condition. Ainsi, ce chant furieux et bouleversant, nous plonge page après page dans un état d’humble grâce."
Karim


  Et voilà! Et c'est pas fini! Je dirais même que ce n'était qu'une mise en bouche car pour ceux qui seraient sur Grenoble ce jeudi 16 octobre, des chaises seront disponibles (à la librairie Arthaud) pour poser leurs fesses et venir écouter Karim parler et faire parler Philippe Bordas. Et si je vous conseille fortement de venir, c'est parce que quand Karim est lancé, il peut vous donner envie de lire avec passion et/ou acharnement jusqu'au manuel d'utilisation de votre dernier appareil électroménager, voire du dernier amendement à une obscure loi régissant l'installation des poubelles publiques. Alors je vous dis même pas ce qu'il va pouvoir faire avec un livre intéressant!

  Vous pourrez pas dire que vous avez pas été prévenus. Viendez nombreux écouter deux hommes passionnants, vous ressortirez plus intelligents mais surtout moins cons et ça, c'est pas tous les jours qu'on nous le promet.