Seulement dans des livres, comme vous dites. Seulement! Les livres ne peuvent jamais être seulement ; ils peuvent seulement être toujours.
Jeff Noon

6 août 2014

Et pendant ce temps là, à Vera Cruz . . .

   A défaut de parler de livres en ce moment (pas de lectures transcendantes pour l’instant), je peux aussi parler de la vie du libraire qui elle, en ce moment, doit se situer au point le plus éloigné de la transcendance. Eh ben oui, du 15 juillet au 15 août c’est un peu mort. Pas de parution donc pas de nouveautés à installer et moins de clients.

   Alors forcément, comment dire, les jours se suivent et se ressemblent… 



   

 Il faut dire que le temps ne nous a pas aidé… non plus. 







 10h15… fini de ranger la livraison du jour (4 livres)… attendons clients…







 10h30, un seul client pour me demander si on avait des toilettes; un seul coup de fil, de la standardiste pour savoir si la ligne fonctionne bien. 







11h15… … soupiiiiiiiiiiiiiiiiirrrr 







 11H45 il faudrait voir à quand même rester vigilant… 






 11h46, le seul collègue/chef de service (rayer la mention inutile) qu’on voudrait éviter tente un brin de conversation : 






 12h, enfin l’heure de la pause déjeuner avec mon double (oui j’ai un double, une longue histoire, suis pas sûre que l’humanité s’en remettra)







 Nous avons une discussion profonde sur l’amitié, les gens qui ne font que passer dans nos vies, ceux qui restent, et sur l’avenir incertain de toute relation amicale. 







 Finalement, on décide que cette discussion est beaucoup trop sérieuse pour nous.







 Le retour de pause se fait bien entendu sous le regard attentif du chef de service 







  mais la reprise post digestion peut être difficile.






 C’est pas faute d’y mettre de la bonne volonté 





 14h30… Bonjour vous reprenez les livres scolaires? Que ça!!!!!???!!!! J’suis sûr que vous allez les revendre au moins 80 euros!

Le client : 




le libraire : 







 15h15… ah tiens il pleut… encore… 







 15h45… il faut reconnaître que la journée paraît beaucoup plus longue que prévue, à l’origine… 







 cela pourrait même devenir légèrement… euh… agaçant?







 ce qui n’empêche pas un des chefs de service d’exiger un travail QUA-LI-TA-TIF!







  Même si le monde extérieur semble poursuivre sa vie sans nous … 






… il faut garder LA PÊCHE! Rester SOURIANT!!!!







 Ne pas succomber à la tentation de se laisser submerger par ses émotions. 







 Pour faire passer tout ça, il convient alors de se trouver des occupations, 







 mettre à profit ces temps morts, quoi. 







 L’arrivée d’un client peut alors nous mettre en joie. 







 Encore plus s’il cherche un libraire pour un conseil de lecture. 






 Et ce même s’il est un brin désagréable! 







 Cela dit, cela n’empêche pas certains éléments, disons les moins « productifs », de ne pas perdre leurs mauvaises habitudes 







 Certains prétendent avoir des mails, plein de mails, à envoyer… enfin il paraît. 







 Il convient donc de se mettre à son avantage pour accueillir le client,  
















 en contrôlant toutefois son engouement pour ne pas le mettre mal à l’aise 






17h, c’est l’heure de la pause! Où je retrouve mon double.






  Allez courage, la journée est bientôt finie… jusqu’à demain 







 car le lendemain matin, il faut se lever et y retourner, si si… 







 Heureusement, c’est bientôt les vacances!!!



2 juil. 2014

Je les veux, je les veux, je les veux, elles sont trop géniââââââââles

  +

   Comme chacun sait (et je ne doute pas que le mÔnde entier le sache!), cette année La Volte a 10 ans. Puisque La Volte a 10 ans, La Horde du Contrevent a 10 ans elle aussi!! Pas besoin de vous rappeler ce qu’est La Horde du Contrevent? Souvenez-vous, des gens, du vent, une écriture et de la musique, bref, un chef d’oeuvre.


   Pour l’occasion, La Volte a refait la couverture dudit chef d’oeuvre tout en baissant le prix (maintenant à 25 euros, le CD d’Arno Alyvan toujours inclus bien sûr!). Et comme dirait l’autre, c’est pas fini! Pourquoi s’arrêter là quand on peut aussi refaire la couv’ de La Zone du Dehors (premier roman de Alain Damasio qu’il faut absolument lire aussi, votre vie n’en sera que meilleure). Ainsi nous voilà avec trois livres de Alain Damasio harmonisés, c’est pas beau ça!

           


Résumons-nous : 

La Horde du Contrevent, chef d’oeuvre qui vous en apprendra plus sur le sens de votre vie, donc impossible de vivre sans

La Zone du Dehors, excellent roman de SF hommage à 1984 qui vous rappellera l’importance de votre esprit critique, donc impossible de vivre sans

Aucun souvenir assez solide, recueil de nouvelles illustrant l’étendue du potentiel talentueusement génial de Alain Damasio, donc… bon d’accord, vous pouvez peut-être réussir à vivre sans mais sérieusement, vous le regretterez.


   Alors, qu’est-ce qu’on dit?

Achetez La Volte, toujours La Volte vous le rendra!

30 juin 2014

Electre m'a tuer.



   New York, post évènement mystérieux dont on sait peu (puisque mystérieux) si ce n’est qu’il a eu lieu un 14 février (et toc!) et qu’il a eu pour effet de diviser la population par 10. Dewey Decimal vit dans la bibliothèque municipale, a des trous de mémoire concernant son passé et arpente les rues de New York à sa manière, en respectant son système (toujours tourner à gauche, prendre le métro en fonction du chiffre ou de la lettre et suivant si c’est le matin ou l’après midi). Son temps libre, il le consacre à ranger la bibliothèque, son temps occupé est dédié à son activité de tueur professionnel pour le compte du procureur. C’est une mécanique bien huilée… jusqu’au contrat qui viendra, évidemment, mettre le petit grain de sable dans l’engrenage.


   Comme ça a priori, Système D a tout du roman noir classique à l’intrigue bien sûr déjà vue. Le mec pro qui se voit confier un boulot qu’il a déjà exécuté des centaines de fois sans problème et il n’y a aucune raison pour que cette fois-ci soit différente, sauf que SI! Ha! Ha! Cette fois, y a un problème, et tu vas faire quoi maintenant mon gars? Système D n’a pas que l’air de ce genre de roman, C’EST ce genre de roman. Alors pourquoi en parler? Et bien, ce n’est pas parce qu’on a déjà mangé nombre de fois un certain plat qu’on n’aime pas en remanger à l’occasion surtout quand il est bien cuisiné. Et Système D est plutôt bien préparé.


   Déjà, son ambiance : un New York quasi désert puisque la démographie a subit un sérieux régime amincissant et dans une ville comme New York, on n’a pas de mal à imaginer ce que ça peut rendre comme effet : laissée à l’abandon dans certains quartiers, réappropriée dans d’autres comme Central Park réquisitionné par les freaks.


   Mais au-delà de ce décor plutôt réussi, il y a un personnage qui (comme dans The Rook de Daniel O’Malley, voir dans l’épisode précédent) porte un peu le roman à lui tout seul. Dewey Decimal, rien que son nom ressemble à une vaste blague mais le bonhomme lui non. Et ce malgré ses tocs (toujours se désinfecter les mains, vérifier qu’une certaine clef est dans sa poche, toujours tourner à gauche), ses trous de mémoire, ses prises de médocs et son étonnante capacité à se foutre dans la merde. Dewey passe en effet de mauvais choix en mauvaises rencontres, de faux amis en vrais ennemis, bref d’emmerdes en embrouilles si bien qu’on finit par ne plus savoir s’il joue toujours dans la bonne équipe. On se rend rapidement compte aussi que ce n’est pas, justement, le genre de mec qu’il faut chercher à embrouiller. Il n’aime pas ça, Dewey, qu’on l’embrouille et pour débrouiller le tout, il n’hésite pas à sortir ses flingues pour aérer quelques cerveaux, même s’il n’est pas dénué de certains états-d’âmes.



   Raconté par Dewey en personne, Système D est un pur roman noir urbain au rythme soutenu, à la construction redoutablement efficace, avec juste ce qu’il faut (un soupçon) d’immoralité, une ambiance étrange et un personnage atypique comme on les aime. Si vous cherchez un roman sans prise de tête et sans prétention, épanouissez vous, lisez Système D.

CITRIQ

19 juin 2014

The Tour is out there.



   Par une superbe nuit d’orage, dans un parc londonien, Myfanwy Thomas, en plus d’avoir un prénom comptant triple au scrabble, reprend conscience sous une pluie battante. Autour d’elle, les corps sans vie de mystérieux individus. Dans sa tête, le vide absolu à la place de sa mémoire. Et dans ses poches, une lettre adressée à « Toi ». Elle y apprend qu’elle fait partie d’une organisation secrète (la Checquy)(...non, aucun lien, fils unique) ayant pour but de défendre la Grande Bretagne et de trouver des êtres dotés de pouvoirs quelque peu surnaturels (comme elle), qu’un traître au sein de cette organisation est responsable de sa vidange mémorielle et que son ancienne « elle » sachant l’inexorabilité de cet évènement mais ignorant l’identité dudit traître, lui a préparé le terrain. Voilà Myfanwy devant un choix : disparaître pour refaire sa vie très loin ou reprendre son rôle au sein de la Checquy, trouver le traître, faire la compta, déjouer un complot, sauver la nation et peut-être, si elle a le temps, boire un café.



   Imaginez que Harry Potter ait une soeur qui, après avoir fini la fac, soit recrutée par le MI5, fasse ses classes avec Fox Mulder et surtout, qu’elle ait hérité de l’humour de Buffy contre les vampires... 

« Tour Thomas, ce Serviteur parle au téléphone en nous regardant. » Myfanwy hocha la tête. « Vous voulez qu’on le tue? » Elle dévisagea la garde du corps. « Je prends ça pour un non. »

...alors vous aurez une petite idée de ce que peut être l’ambiance de The Rook de Daniel O’Malley : un concentré de vitamine dans un scenario habilement construit pour ne laisser aucun temps mort, une ambiance surnaturelle juste ce qu’il faut pour ne pas complètement effrayer les amateurs de « ouais mais ça existe pas…en vrai » et donc cet humour décalé, comme je les aime. 


   Le personnage principal, Myfanwy (prénom gallois et pour ceux qui veulent dormir moins bête ou moins triste, tapez Myfanwy sur un moteur de recherche, on trouve des choses intéressantes!), est absolument géniale, tellement attachante qu’on a juste une envie : être elle (ouais même si vous êtes un homme vous aurez envie d’être elle, faites gaffe) ou au pire qu’elle devienne notre meilleure copine (ouais même si vous êtes un homme vous aurez envie d’être sa meilleure copine, faites gaffe). Pourtant c’était pas gagné. Sachant le livre écrit par un homme (et on sait que beaucoup d’écrivains hommes ratent leurs personnages féminins) j’ai craint le bon gros cliché. Daniel O’Malley évite le pire qui aurait consisté à faire de son héroïne une bombasse au charisme et aux talents LaraCroftiens. Au contraire, il en fait justement une petite femme ordinaire (en dehors de ses capacités surnaturelles qu’elle maîtrise très mal d’ailleurs), ni belle ni moche, avec un sens de la répartie top niveau …

« -C’est l’heure de votre dîner avec Lady Farrier.
-Ah! merde, soupira-t-elle avant de remarquer l’expression choquée de Clovis. Je veux dire, ah! très bien, ça va être exquis. »

…et qui va apprendre à s’imposer en marchant sur quelques pieds au passage (et quelques tentacules aussi par la même occasion. C'est vrai, que serait un roman fantastique sans une belle paire de tentacules?)


   Les clichés, l’auteur va joyeusement jouer avec à travers ses personnages secondaires : l’assistante très Moneypenny doublée de Miss Pennywinkle, la lady très british coincée à souhait, un méchant complètement frappé du bulbe, des gros bras très « gros bras », il y a même un dragon et un vampire qui passent rapidement faire coucou.


   Mais ce qui fait que ce roman fonctionne si bien, c’est vraiment cet humour constant qui évite cependant l’écueil de ralentir le récit en laissant le déroulé de l’histoire sur le bord de la route. Au contraire, ici, l’humour rythme le récit arrivant toujours à point nommé et donne en plus de superbes répliques. 

« Je viens d’être informée que les Américains arrivaient.
-Tous ensemble? »


   On ne s’ennuie pas un seul instant dans The Rook. Même si Daniel O’Malley fait du facile, son monde est bien construit, développé et cohérent, son histoire bien ficelée et il évite tous les pièges du trop facile avec dextérité. Mais surtout (et c’est ce qui m’a fait penser à Buffy contre les vampires), il ne se prend jamais au sérieux. C’est ce qui rend The Rook si génial. Une suite serait en préparation. En ce qui me concerne, je l’attends avec une impatience grandissante.


The Rook se révèle donc être non seulement une lecture divertissante mais en plus, il vous file la pêche! Ça ne prétend pas à autre chose, alors, que demander de plus?

« Tour Thomas, vous avez quelque chose de changé.
-Eh bien, je me suis fait péter la gueule il y a peu.
-Ah! ça doit être ça. »


P.S : oui je sais, mes titres de post sont de pire en pire mais que cela vous rassure, ça ne va pas aller en s’arrangeant.




CITRIQ

29 mai 2014

SupraNoon

      

   Elliot, jeune bassiste n’ayant pas pris musiques de chambre en option, se voit proposer de rejoindre un groupe quelque peu underground. Si au début, seule la jolie chanteuse lui semble être une bonne raison d’accepter, leur possession en exclusivité d’une nouvelle technologie permettant de transformer la musique sous forme liquide finit de le convaincre. Commence alors une cohabitation avec la DJ accro aux drogues, le batteur super cool, trop cool pour être bien dans sa peau, et petit ami en titre de la toujours aussi jolie chanteuse. Leurs recherches sur le potentiel de la musique liquide, petite sphère qui offre tout un éventail de possibilités, les amèneront bientôt là où inexorablement, ils devaient aller.


« si la musique était une drogue elle vous emporterait où? »
      

   Comme chacun sait, Jeff Noon fait partie de ces petits génies de la littérature, genre touche à tout mais surtout genre une idée à la minute (oui on les détesterait presque si on ne les aimait pas autant). Ainsi, chaque fois que je vois un nouveau Noon se profiler à l’horizon (en français bien sûr parce que mon niveau d’anglais ne me permettrait pas de comprendre toutes les subtilités de l’écriture de Noon VO; d’ailleurs c’est encore une fois l’occasion de saluer le travail de traduction de Marie Surgers, on ne le fera jamais assez)… chaque fois donc que je vois arriver un nouveau Noon, je trépigne d’impatience à l’idée d’être de nouveau bluffée par les trouvailles de ce monsieur, par ses histoires et par son écriture.
    

  Avec intrabasses, l’idée est là, évidemment, et pour le reste… et bien pour une fois, c’est relativement soft pour du Noon. On en viendrait presque à se demander mais où sont passés les trips hallucinatoires, spécialités du chef? Bon je vous rassure il y en a un petit peu quand même. Faut dire qu’avec une idée pareil, la musique sous forme liquide, ça aurait été con de passer totalement à côté. Et oui, forcément, la musique en liquide ça fait penser à des choses : qu’est-ce qui se passe si on remue la sphère? Et si on l’inhale sous forme de vapeur? Et oui, si on la boit? Et si … on se l’injecte?
    

   Toutefois, j’ai regretté que Noon sous-exploite son idée de départ car il nous avait donné à voir sa capacité à créer des mondes entiers (des mondes à tiroirs même, avec des histoires à tiroirs aussi!) à partir d’une petite idée. Et cette fois-ci, il s’arrête au premier stade de son développement ce qui je le reconnais est déjà pas mal (remonter aux sources de la création d’un morceaux en s’injectant sa forme liquide). C’est sans doute moi qui devient exigeante.
  

   intrabasses reste un bon roman assez court et assez calme (enfin pour du Noon j’entends)  autour de nos dépendances à nos passions, en l’occurrence à la musique. Son ambiance et ses références à la culture rock, punk et autres délicats fonds sonores, sont assez importants et dominent vraiment l’ambiance générale du roman, suffisamment  pour, non pas perdre mais maintenir une certaine distance avec un lecteur qui ne serait pas passionné, ou au moins très intéressé, plus que cela par ce milieu (comme moi). D'ailleurs, pour les esprits aventureux aux facultés auditives à toutes épreuves, le livre est accompagné de sa bande son à laquelle Jeff Noon a participé. Toutefois, il serait réducteur de dire que intrabasses n’est qu’un roman sur la musique et son effet adoucissant sur les moeurs. C’est aussi un roman sur l’hérédité et ce constant besoin que l’on a de savoir d’où l’on vient pour comprendre où l’on va.
 

   Mon appréciation de intrabasses peut paraître quelque peu mitigée. Que nenni. Certes je l’ai sans aucun doute moins adoré que les autres, sur mon échelle personnelle de Noon (il y a les «Ouah-pfff-….c’est…-faut-inventer-de-nouveaux-mots-parce-que-j’en-ai-plus », il y a les « Noon-il-est-pas-comme-nous-il-vient-d’une-autre-planète-j’veux-aller-vivre-sur-cette-planète!!!! » et puis il y a les «c’est-du-bon-mangez-en »). intrabasses est dans la catégorie « c’est-du-bon-mangez-en ».


   En fait soyons clairs, Noon est le prochain stade de l’évolution. Il y est juste arrivé avant nous. Et vous pouvez commencer par intrabasses pour vous rendre compte de l’étendue de son avance.
 

   Et La Volte dans tout ça? (Vous pensiez y échapper peut-être?) Mais La Volte, ma brave dame/mon brave monsieur rayez la mention inutile, c’est un vaccin contre la connerie, suivez la prescription du docteur : achetez La Volte, le monde n’en sera que meilleur. 

CITRIQ

15 mai 2014

Et pis c'est au Chili, ça tombe bien.



   Santiago, en plus d’être une ville, est un homme qui est un flic. Il aime plutôt ça, être flic. Ce qu’il n’aime pas en revanche, c’est avoir à tuer quelqu’un. Par contre, en plus d’être flic, ce qu’aime Santiago, l’homme, c’est suivre des femmes dans les rues de Santiago, la ville, comme ça, sous prétexte qu’il les trouve bien roulées, les femmes pas les rues. Ce qu’il n’aime pas en revanche, c’est que sa petite amie, qu’il aime et c’est lui qui le dit, apprenne qu’il suit d’autres femmes, voire plus si affinités. Ce qu’il va détester encore plus que tout le reste des choses qu’il n’aime pas, c’est que dans la même journée, il va tuer un gamin des gangs et se mettre à suivre une femme dans la rue, et ça, ça va quand même vraiment le foutre dans la merde cette histoire.


   Les Rues de Santiago c’est l’équivalent d’un café noir, bien serré, sans crème et surtout sans sucre, merci. Un petit polar urbain bien noir : petit parce 150 pages presque une novella, urbain parce que quasiment toutes les scènes d’accélération du récit se passent dans la rue.


   Les Rues de Santiago, c’est aussi un personnage principal pas tout à fait sympathique, pas tout à fait détestable non plus (quoique à certains moments…), et surtout pas tout à fait aussi clair et au dessus de tout soupçon qu’il aimerait l’être et nous le faire croire. Il se prend un peu pour un dur mais paraît parfois un peu con sur les bords, j’ignore si c’est voulu par l’auteur mais ça fonctionne. On a quand même envie de savoir comment il va se dépêtrer de tout ça voire s’il va s’en dépêtrer tout court. Pour entourer ce Santiago, il y a aussi des personnages secondaires, un peu glauques, un peu fouineurs, un peu fatal(e)s, et une intrigue basée sur la tromperie. Mais surtout, Les Rues de Santiago c’est une écriture sèche, cadencée, pleine d’un humour acide et grinçant, d’une efficacité redoutable pour ce genre de texte. Ce qui nous ferait presque regretter qu’il ne soit pas plus long… ou alors nous fera attendre avec impatience que l’auteur s’attaque à quelque chose de plus dense. Avec Grande Impatience. En attendant…


« "Votre nom est Santiago Quiñones?"
 On est mal partis, en plus d’être nain, il est débile, ce qui n’est jamais bon; il est toujours préférable d’être traqué par quelqu’un de futé. L’intelligence est prévisible, la stupidité te laisse désarmé parce que tu ne sais jamais ce qu’on peut te sortir. »



   Un petit plaisir donc, à ne surtout pas se refuser pour ceux qui apprécient le genre.



CITRIQ