Seulement dans des livres, comme vous dites. Seulement! Les livres ne peuvent jamais être seulement ; ils peuvent seulement être toujours.
Jeff Noon

6 mai 2014

Don’t worry, read Tuttle.



   Vous l’avez attendu à vous en faire claquer les neurones de la patience (si si, on vous a vu errant comme une âme en peine vêtu de votre tee-shirt préféré « She will be back… too»), et bien… … AYÉ!!!! Enfin, le Lisa Tuttle nouveau est arrivé et croyez-moi ou pas (enfin c’est pas la peine de venir ici si c’est pour pas me croire!), c’est pas un goût de framboise-banane qu’il a mais bien le goût du 100% AOC Tuttle, autrement dit le goût du fantastique, le goût de l’angoisse, le goût de l’onirisme, bref! en un mot comme en cent ou même en deux : Quel Talent!


   Et c’est bien évidemment les éditions Dystopia, qui avaient déjà jadis-y-a-peu-de-temps lancé la pierre dans la marre avec Ainsi Naissent les Fantômes, qui s’y recollent avec cette fois-ci aux commandes de la traduction et de la présentation Nathalie Serval (souvenez-vous dans le premier c’était Mélanie Fazi) pour 14 nouvelles à découvrir ou re-découvrir, mais en tout cas à lire, c’est un ordre.


   Pourquoi? me demanderez-vous. Et bien, première raison : parce que, ce qui en soit constitue toujours un argument de choc.

   Deuxième raison : Lisa Tuttle, ce qui en soit est également un argument de choc, doublement plus efficace que le précédent.

   Troisième raison : je suis persuadée que quoique vous en disiez vous n’avez rien de plus intéressant à faire et cherchez bien parce que il n’y a quand même que peu de choses qui puissent se révéler plus intéressantes que lire Lisa Tuttle, là tout de suite.

  Quatrième raison : parce que rien que l’objet livre donne envie de le toucher et donc, de le lire! Merci qui? Merci Stéphane Perger! 



   Cinquième raison : parce que Lisa Tuttle élève la nouvelle au rang d’art. Chaque nouvelle possède une architecture parfaite, invisible mais bien là, discrètement et élégamment masquée par une écriture au scalpel. Rien n’est en trop. Rien ne manque. Un équilibre idéal pour encore une fois se jouer de nos peurs et de nos frustrations, celles qu’on s’impose ou qui nous sont imposées. Lisa Tuttle les met en image, leur donne littéralement vie en les personnifiant.


   Ces 14 nouvelles reflètent les thèmes chers à Lisa Tuttle déjà apparus dans Ainsi Naissent les Fantômes : la femme et donc la féminité et le féminisme, la maternité, la création, l’enfermement, la peur de la mort.


   Les Chambres Inquiètes , c’est parfois du fantastique qui n’en a pas l’air comme dans Vol pour Byzance (particulièrement stressante, on se surprend à vouloir dire à l’héroïne « mais barre-toi de là!!) ou Une Amie en Détresse ; c’est parfois drôle de manière ubuesque comme dans En Pièces Détachées ou Propriété Commune ; c’est parfois poétique et triste comme Oiseaux de Lune ou L’Autre Chambre ; mais c’est toujours terrifiant parce qu’au-delà de l’aspect fantastique, Lisa Tuttle réveille toujours une peur primaire. Car, en entendant des bruits de raclement et de grignotement dans la maison le soir quand le calme s’impose, qui peut dire que ce n’est pas à Nid d’Insectes qu’il pense et à la possibilité de se faire bouffer? Qui a envie de redevenir cette fille banale menant une vie sans intérêt dans un bled paumé sans attrait, sans ambition, sans ami, sans rien qui puisse laisser une trace disant j’étais là? Qui, en regardant son enfant, n’a pas cette crainte de le voir disparaître? Qui n’a jamais rêvé (cauchemardé plutôt) se réveiller dans un endroit inconnu parmi des gens inconnus sans savoir et sans trouver comment rentrer chez soi?


   Et voilà! Besoin d’autres raisons pour vous jeter sauvagement sur Les Chambres Inquiètes (et sur Ainsi Naissent les Fantômes si ce n’est pas déjà fait)?

   Les Chambres Inquiètes c’est beau, c’est bon mangez-en! Achetez du Lisa Tuttle sinon… … vous le regretterez.




CITRIQ

7 avr. 2014

Ç'est sûrement l'album de la maturité.

  2014 sera une année voltée et c'est pas de ma faute! Eh oui, ça y est, les éditions La Volte viennent d'atteindre l'âge honorable de ... 10 ans!


  Pour l'occasion, l'association grenobloise des Rêv'ailleurs organise une exposition autour du monde des livres de La Volte.




  Comme je ne doute pas une seule seconde que vous savez lire tous seuls une affiche et que vous savez également tous seuls ou aidés d'un(e) ami(e) cliquer ICI pour d'autres informations que vous pourrez continuer de lire seuls ou accompagnés, je ne vous ferai pas l'affront de vous faire remarquer au risque de répéter que l'inauguration aura lieu le vendredi 18 avril en présence de Messieurs Damasio et Barbéri ainsi que Monsieur E. (oui souvenez-vous celui-là même qui a créé La Volte).


  Eh! Vous avez remarqué?! Il y aura une inauguration le vendredi 18 avril à partir de 18h aux 7 Royaumes avec Alain Damasio, Jacques Barbéri et Monsieur E.! Et si vous avez bien regardé, juste avant, vers 15h, il y aura une table ronde pour les plus curieux (et non je ne vous ferai pas non plus l'affront de vous expliquer que la table ne sera pas forcément ronde).


  Et c'est pas tout! Alain Damasio et Jacques Barbéri viendront aussi écrire dans vos livres pour vous les rendre après, votre petit nom et des phrases qui voudront dire des choses. Ce sera le samedi 19 avril à la librairie O'Merveilles, ICI. Si vous voulez, vous pouvez même faire d'autres clics ICI et ICI.


  Alors ils sont pas forts ces grenoblois?





  Avec tout ça, je vous sers comme d'hab', un petit "Achetez La Volte, La Volte vous le rendra!", ça peut pas faire de mal.

10 mars 2014

C'est l'histoire d'un mec . . .

  Dans les années 70, un dénommé Sixto Rodríguez sortit deux albums. Tous les ingrédients étaient là et pourtant, allez savoir pourquoi, rien. Que dalle. Aucune envolée. Sixto est rentré chez lui. Ça aurait pu s’arrêter là. Heureusement que non, ça aurait été dommage car en fait, son histoire ferait un bon bouquin, ou à défaut, un super documentaire.



  Pour tous ceux qui croient aux puissances de l’invisible, au hasard faisant bien les choses, ou même… au Destin, ce documentaire est pour vous. Pour tous les autres, amateurs de bonnes histoires sous toutes leurs formes, Sugar Man est aussi pour vous.


  Comment expliquer le parcours de Rodríguez? Aux Etats-Unis, il sort deux albums qui auraient dû marcher, et alors que c’est l’inertie dans son pays et qu’il disparaît des radars pour retourner à l’anonymat (pendant qu’un mythe urbain morbide s’écrit tout seul autour de cette disparition), ses albums arrivent en Afrique du Sud et rencontrent là le succès qui aurait dû être le sien dans son propre pays. Mais le fait le plus incroyable, c’est que ce succès est advenu et a perduré sans même qu’il le sache! 


  En Afrique du Sud, c’est un peu la folie. Les ventes explosent et l’icône mania se développe autour de ce chanteur dont ils ne savent quasiment rien. Jusqu’à ce que deux passionnés décident de mener l’enquête pour en apprendre d’avantage sur ce chanteur dont on ne connaît que le nom et la photo sur une jaquette d’album. Après moult farfouillements, ils découvrent que non seulement Rodríguez n’est pas mort, mais qu’en plus, il vit toujours à Detroit, sa ville natale, qu’il travaille dans le bâtiment et qu’il n’a absolument aucune idée de son statut de l’autre côté de l’océan dans un pays où il n’a jamais foutu les pieds.


  Sugar Man est un documentaire passionnant autour de cette recherche et de ce que peuvent accomplir deux individus quand ils sont menés par une passion commune, mais aussi sur le personnage de Rodríguez, touchant d’humilité et de simplicité. Aucun regret ne semble l’effleurer lorsqu’on lui parle de toutes ces années où il a vécu une vie presque « ordinaire » alors qu’à des milliers de kilomètres de là, il était une vraie star. Sans compter l’argent de ces ventes jamais arrivé jusqu’à lui. Loin d’être un « looser », c’est un homme simple, un artiste honnête, satisfait du boulot accompli sur ses deux albums, le reste faisant partie pour lui des aléas de la vie et du milieu de la musique. Ça ne l’empêchera pas d’aller faire coucou aux sud-africains qui le recevront avec une sorte de joie extatique. Un documentaire et surtout un artiste à découvrir (ou à re-découvrir) à travers une superbe bande son.



P.S : un merci à ma cousine perdue retrouvée pour avoir attirer mon attention sur ce film vers lequel je ne serais pas forcément allée naturellement.

4 mars 2014

Qui suis-je? Où vais-je? Mais surtout, qui boufferai-je?



Dans l’épisode précédent :
Jack est un loup-garou. Jack croit être le dernier des loup-garous. Les loup-garous sont chassés par une organisation souterraine confidentiellement secrète à but occulte mais connue des créatures qu’elle pourchasse. Jack en a marre de vivre tout seul donc Jack attend la chasse pour en finir. Mais SURPRISE!! Il y a un autre loup-garou. Une loup-garou. Comme Jack est un peu crétin, Jack tombe amoureux, ce qui n’empêchera pas Jack de se faire dessouder.


Et maintenant, la suite : 
Talulla, la loup-garou de l’épisode précédent, croit être la dernière des loup-garous. Bon, pas pour longtemps car Talulla est enceinte (de Jack, le susnommé décédé). Mais évidemment, une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, la nuit de la mise bas, les vampires débarquent et lui chouravent le louveteau. Mais SURPRISE! Il y en a une deuxième qui arrive! (Oui des jumeaux donc). En fait, ça on s’en fout un peu. Donc, que va faire maman loup-garou pour récupérer bébé? Mais surtout comment va-t-elle le faire, seule et abandonnée de tous? Mais SURPRISE! Non, mais ça va là, je vous en ai déjà assez raconté.


  Bon pour ceux qui n’auraient pas suivi (enfin, quand même je pense avoir été claire non?), Talulla est la suite du Dernier loup-garou (en plus c’est marqué dessus!) de Glen Duncan, roman précédemment lu et dont j’avais mentionné ma grande déception (ICI pour ceux que ça intéresse et LÀ aussi pour l'avis de Kiki43, profitez-en c'est pas souvent qu'il le donne) mais aussi, tout de même, ma curiosité pour la suite.


   Ben voilà, la suite est lue. Et trêve de suspens, je lui ai trouvé quasiment les mêmes défauts qu’au Dernier loup-garou. Alors pour faire simple, prenez le livre, divisez-le en deux, et je dirais que la moitié du roman est occupée par des tergiversations et autres questionnements « existentiellement » internes pour une autre moitié consacrée au déroulement de l’histoire. Ça pourrait paraître équilibré. Pourtant, cela m’a paru disproportionné. Pourquoi donc? Et bien parce que je me suis tout simplement ennuyée. Comme pour le Dernier loup-garou, j’ai trouvé tous ces questionnements redondants à force d’être tournés dans tous les sens. Surtout que ces sujets avaient déjà été abordés par Jack dans le roman précédent. Bon d’accord, là c’est du point de vue féminin et je dois reconnaître que Glen Duncan ne s’en sort pas trop mal de ce côté-là. 


   Comme Jack, Talulla s’interroge sur le « qui suis-je? » : un loup-garou, c’est géniaaale! Mais c’est terrible aussi, c’est une malédiction car je dois manger des gens et j’y prends un certain plaisir ainsi qu’un plaisir certain. Mais c’est quand même trop géniaaaaaaale!


   Comme Jack, Talulla ressasse aussi le « qui baiserai-je? » : le loup-garou a une libido très exigeante. C’est cool mais en même temps qu’est-ce que c’est chiant! J’ai un mal fou à me concentrer à 100% sur un problème et ça peut devenir gênant.


  Comme Jack, Talulla se dit qu’effectivement le temps va paraître long si elle est la dernière de son espèce. Heureusement qu’il y aura les gosses. Si tant est qu’elle récupère celui qui manque à l’appel.


   A ce moment s’ajoutent des questionnements propres à Talulla et à son nouveau rôle de mère, sa relation à ses enfants, le lien maternel est-il là, pas là, sujets certes intéressants si, encore une fois, ils n’étaient pas répétés, encore… et encore…


   Quant à l’histoire elle-même, et bien pareil, même problème que le Dernier loup-garou. Un début attrayant, des pans où l’histoire avance bien, on se laisse porter, on déroule (il y a même le vampire mystérieux qui titille la curiosité… il arrive un peu tard mais bon le principal c’est qu’il arrive), et puis soudain, PAF!, l’histoire d’amour qui m’a gonflée, tellement téléphonée que tu la vois venir à 3 kilomètres. Rajoutez à cela quelques morceaux de bons sentiments dégoulinants de bonté (le top restant l’accolade qui se veut virile des deux meilleurs potes, l’un devenu loup-garou, l’autre vampire, mais c’est pas grave comme je t’aime trop, je dépasse la franche aversion de nos deux races, viens dans mes bras mon poto), et la messe est dite.


   Bref, pour conclure, tout comme je l’avais expliqué pour le premier, je ne peux pas dire que Talulla soit un mauvais roman. L’écriture est même plutôt agréable, grâce en soit rendue à Michelle Charrier qui elle fait partie de la race des supertraductrices. Mais simplement, et définitivement, je ne dois pas être le bon public pour Glen Duncan et je ne me forcerai donc pas pour le troisième tome.



   Ainsi donc, pour finir en osmose avec le précédent article sur le Dernier loup-garou, je suis déçuuuuuuuuuue, je suis DE-ÇUE!! M’en fous, puisque c’est comme ça, m’en vais retourner voir l’intégrale de Buffy contre les vampires.



CITRIQ

3 févr. 2014

L’alcool, non, mais Jacques Barbéri, oui!

*

Première porte :

 Si vous êtes jeune, médecin légiste et que votre frère jumeau a fait la démonstration par le tranchoir sur vos parents adoptifs que l’être humain se découpe aussi bien que le rosbif, vous pouvez dire banco à la catégorie alcoolique. Du coup, forcément, si des hallucinations surgissent, vous transportant en des lieux improbables où les animaux parlent et où les araignées veulent vous bouffer, vous pensez naturellement que alcool et hallucination sont de vieilles amies. Et bien, non! Enfin, non pas obligatoirement! Soyez tranquillisé, soyez un alcoolo serein car vous êtes Anjel, héros du Crépuscules des Chimères, et vous êtes un seigneur des portes (AHAH!) ; les hallucinations n’en sont pas, en fait, et les mecs-créatures-autres-engins-de-toutes-sortes souhaitant vous bouffer veulent eux, par contre, effectivement vous bouffer.



Deuxième porte :

 Quand vous ignorez clairement vos origines que votre mère alcoolique et dépressive mais néanmoins canon a toujours refusé de vous révéler, quand vous débarquez pour rencontrer enfin votre grand-mère dont on vous précise qu’elle vous prend pour un démon et envisage une correction définitive de votre acte de naissance, quand vous vous mettez à avoir des hallucinations mettant en scène un barman androgyne mais moustachu et des créatures lovecraftiennes, et quand pour couronner cette journée chargée, vous vous retrouvez dans un universicule avec une danseuse de la fin des temps et un mini dieu à tronche de lémurien fumant le cigare, jouant au poker et vous lâchant comme un tentacule dans le cheesecake que vous êtes un kassakaappimies ; forcément, à un moment :

 1 vous leur rappelez que jusqu’à présent vous avez été poli et qu’il faudrait voir à ne pas abuser car :

 2 vous avez une forte envie de leur en coller une, histoire de rappeler qui commande (même si ce n’est pas vous)

 3 vous vous dites que vous auriez dû noter cette marque de thé car il est beaucoup plus fort que ce qu’on vous en a dit

 4 tout ça, mais en même temps, le tout bien arrosé de Jack Daniels car vous êtes Jack, héros de Cosmos Factory et les plumes vous poussent mais je ne vous dirai pas où.


  Si tout ce que je viens de vous dire vous passe largement au dessus (ou en dessous), que la seule réponse qui vous vienne soit : « oui bien entendu mais faudra leur dire que je serai absent à la prochaine réunion », alors passez votre chemin, courez, virevoltez dans les champs fleuris et n’allez pas encombrer d’avantage un cerveau déjà visiblement bien malmené.


  Si au contraire, les mots « démons », « Lovecraft », « universicule », « kassakaappimies », et « seigneur des portes », vous titillent joyeusement la glande du bonheur, alors jetez-vous sur Cosmos Factory, nouveau roman de Jacques Barbéri, et par la même occasion, comme vous y serez, jetez vous aussi sur Le Crépuscules des Chimères, plus vieux roman de Jacques Barbéri car :

 1 c’est un diptyque! L’un complète l’autre et l’autre complète l’un, l’un dans l’autre lisez les deux.

 2 les éditions La Volte (j’ai déjà dû vous parler d’elles…non?) ont eu la bonne idée (oui! encore une bonne idée!) de rééditer Le Crépuscule des Chimères avec une couverture qui fait miroir avec Cosmos Factory, le tout signé Stéphane Perger, hiiiiiiihiiiihhiiiii, c’est trop beau!


  Le diptyque de la structure fait appel à un univers d’univers, les uns imbriqués dans les autres, reliés entre eux par des portes, avec du vide entre, vide peuplé de mouches amatrices de tranquillité genre néant ; mouches qui détestent les araignées (ouais, d’accord ça c’est normal) qui elles vivent sur la peau des univers et préfèrent quand ça se tire dans les pattes. Dans tout ça, vous rajoutez des dieux plus ou moins sympa (qui ont créé les univers), des seigneurs de guerre, des seigneurs des portes, des forceurs de portes, des humains plus ou moins doués, plus ou moins bouffés, plus ou moins alcoolisés, un peu de sexe, encore un peu d’alcool (faut bien pour supporter tout ça) et des courses poursuites, parce que ce qui fait vraiment le point commun de nos deux héros ou plutôt les deux points communs, c’est :

 1 d’apprendre qu’ils sont des fils de dieux ; on ne les avait pas prévenus, et en plus, on attend d’eux qu’ils sachent se servir de leur pouvoir (ouvrir des portes pour Anjel, forcer des portes pour Jack) (le premier qui demande pourquoi ils n’utilisent pas la poignée, je le force à lire tout Guillaume Musso en breton chanté!)

 2 d’être systématiquement poursuivi par des fous furieux et des bestioles en tout genre dont la seule ambition de leur cerveau monocellullaire est de les bouffer.


  Et oui! Lire Jacques Barbéri, c’est un peu comme ouvrir ses chakras, découvrir son troisième oeil, ou plus simplement comme une soirée bien arrosée, la gueule de bois en moins. Toutefois, le diptyque de la structure est sans doute la partie de l’oeuvre de Barbéri la plus accessible pour les débutants barbériens éventuels, plus facile que la trilogie Narcose car moins chargée en tout ce qui fait la marque Barbéri : personnages physiquement étranges, hallucinations complètement hallucinées pré ou post alcoolisation, univers imbriqués, confusion rêve/réalité (thématiques qui ne sont pas sans rappeler l’univers Philip. K. Dick). Le Crépuscule des Chimères et Cosmos Factory sont également très visuels ce qui permet une assimilation très rapide de ces mondes étranges et une mise en image propre assez évidente. La structure de leur histoire suit également une ligne scénaristique simple, efficace et sans trop de tergiversations. On rentre dedans et si on accroche ce monde, on ne le lâche plus.


  Cosmos Factory dans ses premières pages pose d’emblée l’information que ce roman fait appel à des références lovecraftiennes. C’est sans doute pour cela que c’est mon préféré des deux. Mais que cela ne vous rebute pas. Nul besoin de connaître l’oeuvre de Lovecraft sur le bout des doigts (ce n’est pas mon cas d’ailleurs) pour profiter de celle de Jacques Barbéri. Les principales références, tout le monde les connaît plus ou moins (les bêtes à bec et à tentacules, les anciens dieux, le necronomicon).


  Le Crépuscule et Cosmos se lisent indépendamment, dans l’ordre que vous souhaitez, même si je vous conseille l’ordre chronologique, Le Crépuscule et ensuite Cosmos, pour pouvoir profiter du retour d’Anjel dans Cosmos Factory. Mais vous pouvez parfaitement faire l’inverse, pour me contrarier (m’en fous même pas mal!) ou pour comprendre d’où vient ce personnage intrigant.


  Vous l’aurez compris, le Barbéri, on l’aime ou on le regarde de loin car on a un peu peur que ça vous bouffe le bras, ou le cortex cérébral. Mon cortex cérébral étant déjà bien arrangé, j’ai choisi mon camp.



  Et n’oubliez jamais, en d’autres termes souvenez-vous toujours, La Volte est là, La Volte vaincra, achetez La Volte, La Volte vous le rendra!


CITRIQ CITRIQ




18 nov. 2013

L’eusses-tu Cru sans l’avoir lu?




  Dans un précédent épisode, précédant le précédent du précédent pour remonter à celui d’encore avant, je vous avais déjà dit tout le bien que je pensais d’une petite maison d’édition nommée Dystopia responsable entre autres forfaits de deux petits bijoux (pour ne pas encore répéter au risque déjà produit de le galvauder, le terme de chef-d’oeuvre) estampillés pour l’un Lisa Tuttle (traduite et présentée par Mélanie Fazi) et pour l’autre Yves et Ada Rémy, et encore coupable d’un autre excellent toujours signé Yves et Ada Rémy.


  Et bien, on ne continuera jamais assez (et nonobstant tout autre superlatif) de dire du bien d’eux pour nous proposer Cru, recueil de nouvelles de Luvan, surprenant, désarçonnant à plus d’un titre mais sans contestation possible la révélation d’une auteure qui n’en est pourtant pas à son coup d’essai en terme d’écriture (je vous incite fortement à visiter son site où l’on retrouve de manière ludique son travail aussi divers que varié).


  A la différence de Ainsi naissent les fantômes, Cru n’est pas un recueil de nouvelles à chutes mais tout comme Lisa Tuttle, Luvan possède le don de savoir mettre en exergue les ambiances, le mystère et une certaine noirceur.


  A l’image de sa couverture (encore une réussite de Stéphane Perger), Cru est sombre tout en possédant une certaine luminosité. Il se lit comme on explore une pièce plongée dans le noir, armé seulement d’une lampe torche. On avance à tâtons découvrant les éléments sans trop comprendre où l’on va. Luvan construit en pointillisme. Elle donne l’impression de jeter les éléments par bribes, par morceaux, comme ils viennent. Elle nous lâche et nous égare pour mieux nous récupérer à la fin. Certains abandonneront bien avant cette fin en râlant n’y rien comprendre et c’est dommage pour eux.


  Certaines nouvelles m’ont moi-même perdue au sens où je ne suis pas certaine de les avoir bien comprises (comme Le Tunnel ou Carmilla dont le côté poétique étouffe peut-être un peu l’histoire contée), mais en grande majorité, elles m’ont littéralement enveloppée (comme Le Brise-glace où chaque son semble sortir du livre) voire hypnotisée (comme Moroï ou La Femme Verte). Mon coup de coeur va sans doute possible à deux nouvelles en particulier : Le Pacte, nouvelle sur l’attachement et le sacrifice, et Le Rapt (l’amour n’est-il qu’une question de possession? Non, je ne vous en dirai pas plus), la dernière nouvelle, la plus longue, magnifique qui justifie à elle seule l’achat du recueil.


  Luvan sait parfaitement teinter son écriture de poésie et d’émotions, mais surtout, Luvan possède une écriture sonore : le bruit de la neige, le craquement de la glace, celui d’une cigarette en train de se consumer, le bruit de la nuit, le son d’une respiration rauque, les nouvelles de Luvan s’entendent autant qu’elles se lisent.


  Cru fait partie de ces lectures qui ne s’offrent pas d’elles-mêmes mais qui se méritent. Sa beauté est comme celle de certaines femmes, visible uniquement dans le vécu, dans l’expérience. Un peu comme croiser une femme charmante. Sur le moment, on se dit qu’elle est belle mais c’est lorsqu’on s’arrête réellement, qu’elle se met à bouger, à parler, à sourire, qu’on se rend réellement compte de l’étendue du charme et alors, il est déjà bien trop tard, on est littéralement subjugué.


  Cru est ainsi. Il subjugue. C’est l’un de mes coups de foudre de l’année et chaque relecture me fait l’aimer d’avantage. Car Cru n’est pas un recueil qui se lit mais qui se relit pour qu’ainsi, il prenne toute son ampleur et son emprise sur le lecteur.


  Que dire sinon un merci tonitruant aux éditions Dystopia pour avoir rendu tangible ce recueil dans un objet encore une fois parfait, et bien entendu à Luvan, première responsable et qui fait partie de ces talents qui, dans une recrudescence de littératures cruellement fades et toutes interchangeables, s’incrustent, bousc(r)ulent et prouvent que oser, c’est bien, l’audace c’est encore mieux pour un plaisir toujours accru.



  Incruyable, non? Je vous l’avais dit!



CITRIQ

11 nov. 2013

Nicolas Eymerich et mère Teresa sont dans un bateau. Qui tombe à l'eau?



  Vous l’attendiez avec impatience?... ou pas. Et bien, pour votre gouverne, sachez quand même qu’il est revenu! Oui! Il est de retour pour une nouvelle aventure. Parce qu’il est trop fort pour résoudre les énigmes tordues contenant morts vivants, apparitions hallucinogènes, prophètes en robe de bure persuadés que l’inventeur du savon était un suppôt de Satan et, insectes, insectes et encore des insectes, on fait de nouveau appel à lui pour sauver le monde, enfin celui des bons chrétiens, de tout ce fatras. Lui, il, c’est bien entendu Nicolas Eymerich, le 007 du vatican, qui s’en va foutre un coup de pied au cul de  la fourmilière et se confronter aux alchimistes et aux templiers. Parce que oui, Nicolas «se dresse contre les ennemis de l’ordre et de la foi», et c’est comme ça!


  Cherudek, nouvel épisode dans l’entreprise des éditions La Volte de rééditer et d’éditer les aventures de Nicolas Eymerich, en l’occurrence ici une réédition puisque Cherudek était déjà paru en  2000 chez Rivages, Cherudek donc... oui, je sais vous adorez quand je fais ce genre de phrases à rallonge pleines de donc et de virgules, à tel point que vous ne vous souvenez même plus du début de ladite phrase! Oui, ben même moi je ne m'en souviens plus! Reprenons... Cherudek, donc, fait partie des bons épisodes de notre inénarrable inquisiteur à la perpétuelle mauvaise humeur. D’ailleurs, l’expression «il rit quand il se brûle» a été inventée pour lui. (En fait, historiquement, c’était «il rit quand il brûle les autres» mais avec le temps, c’était plus politiquement correct de changer.)


  Si vous avez lu les précédentes aventures de l’inquisiteur, vous n’aurez aucune surprise. Aucune surprise quant à la construction, toujours en plusieurs lignes de temps qui se rejoignent et d’ailleurs ici, l’époque sans âge de la ville étrange plongée dans une brume perpétuelle prend l’ascendant sur l’époque de l’inquisiteur. Le côté gothique de l’ambiance est très réussi et le mystère entourant les occupants de cette ville venant tous d’époques différentes et n’ayant visiblement aucune idée de comment ils sont arrivés là, plutôt intrigant. Tandis que l’époque de Eymerich, c’est quoi? Bon, ben toujours des soldats qui tuent tout ce qui bouge devant eux, des religieux jamais d’accord entre eux (c’est à se demander comment la religion a pu survivre!) et des paysans qui quand ils ne sont pas brûlés sur un bûcher, meurent de maladies étranges. Et au milieu, on a donc notre super Nicolas qui peut pas faire un pas sans être poursuivi, un peu de compassion quand même, c’est dur la vie d’inquisiteur!


  Aucune surprise non plus quant à l’écriture toujours aussi efficace, classieuse et classique (avec peut-être par-ci par-là quelques petites rides, certes, mais qui rendent le tout... vintage!). A signaler toutefois, qu’avec le temps, chaque aventure de l’inquisiteur devient plus longue ce qui ne sert pas forcément le récit. Cherudek aurait peut-être mérité quelques petites coupes pour lui donner le côté percutant des premières aventures.


  Aucune surprise enfin quant au personnage qui reste fidèle à lui-même. Bon, là pas besoin de vous répéter encore et encore que Nicolas, on lui collerait bien quelques beignes de temps en temps pour lui apprendre le sens de la vie et du reste.


  En conclusion et malgré quelques petits défauts, Cherudek est entièrement dans les barres et répond au cahier des charges «Eymerich». Alors si vous aimez toujours les expéditions moyenâgeuses, les énigmes religieuses et les mauvais caractères (ah! et j’ai failli oublié, les insectes écrasés, il y en a beaucoup dans celui-là... ne lisez pas ce livre pendant le petit déjeuner), Cherudek devrait vous satisfaire. Si l’inquisiteur mal embouché vous a déjà gonflé par le passé, pas la peine de réitérer, il ne vous fera pas changer d’avis. Et si vous n’en avez encore jamais lu, je conseillerai plutôt de commencer par les premiers (les bonnes raisons de commencer sont LÀ).



  Et vous n’avez certainement pas oublié, même si cela fait un petit bout de temps que je ne l’ai pas écrit, à tout moment de la journée, achetez La Volte, La Volte vous le rendra!


CITRIQ