Seulement dans des livres, comme vous dites. Seulement! Les livres ne peuvent jamais être seulement ; ils peuvent seulement être toujours.
Jeff Noon

29 mai 2014

SupraNoon

      

   Elliot, jeune bassiste n’ayant pas pris musiques de chambre en option, se voit proposer de rejoindre un groupe quelque peu underground. Si au début, seule la jolie chanteuse lui semble être une bonne raison d’accepter, leur possession en exclusivité d’une nouvelle technologie permettant de transformer la musique sous forme liquide finit de le convaincre. Commence alors une cohabitation avec la DJ accro aux drogues, le batteur super cool, trop cool pour être bien dans sa peau, et petit ami en titre de la toujours aussi jolie chanteuse. Leurs recherches sur le potentiel de la musique liquide, petite sphère qui offre tout un éventail de possibilités, les amèneront bientôt là où inexorablement, ils devaient aller.


« si la musique était une drogue elle vous emporterait où? »
      

   Comme chacun sait, Jeff Noon fait partie de ces petits génies de la littérature, genre touche à tout mais surtout genre une idée à la minute (oui on les détesterait presque si on ne les aimait pas autant). Ainsi, chaque fois que je vois un nouveau Noon se profiler à l’horizon (en français bien sûr parce que mon niveau d’anglais ne me permettrait pas de comprendre toutes les subtilités de l’écriture de Noon VO; d’ailleurs c’est encore une fois l’occasion de saluer le travail de traduction de Marie Surgers, on ne le fera jamais assez)… chaque fois donc que je vois arriver un nouveau Noon, je trépigne d’impatience à l’idée d’être de nouveau bluffée par les trouvailles de ce monsieur, par ses histoires et par son écriture.
    

  Avec intrabasses, l’idée est là, évidemment, et pour le reste… et bien pour une fois, c’est relativement soft pour du Noon. On en viendrait presque à se demander mais où sont passés les trips hallucinatoires, spécialités du chef? Bon je vous rassure il y en a un petit peu quand même. Faut dire qu’avec une idée pareil, la musique sous forme liquide, ça aurait été con de passer totalement à côté. Et oui, forcément, la musique en liquide ça fait penser à des choses : qu’est-ce qui se passe si on remue la sphère? Et si on l’inhale sous forme de vapeur? Et oui, si on la boit? Et si … on se l’injecte?
    

   Toutefois, j’ai regretté que Noon sous-exploite son idée de départ car il nous avait donné à voir sa capacité à créer des mondes entiers (des mondes à tiroirs même, avec des histoires à tiroirs aussi!) à partir d’une petite idée. Et cette fois-ci, il s’arrête au premier stade de son développement ce qui je le reconnais est déjà pas mal (remonter aux sources de la création d’un morceaux en s’injectant sa forme liquide). C’est sans doute moi qui devient exigeante.
  

   intrabasses reste un bon roman assez court et assez calme (enfin pour du Noon j’entends)  autour de nos dépendances à nos passions, en l’occurrence à la musique. Son ambiance et ses références à la culture rock, punk et autres délicats fonds sonores, sont assez importants et dominent vraiment l’ambiance générale du roman, suffisamment  pour, non pas perdre mais maintenir une certaine distance avec un lecteur qui ne serait pas passionné, ou au moins très intéressé, plus que cela par ce milieu (comme moi). D'ailleurs, pour les esprits aventureux aux facultés auditives à toutes épreuves, le livre est accompagné de sa bande son à laquelle Jeff Noon a participé. Toutefois, il serait réducteur de dire que intrabasses n’est qu’un roman sur la musique et son effet adoucissant sur les moeurs. C’est aussi un roman sur l’hérédité et ce constant besoin que l’on a de savoir d’où l’on vient pour comprendre où l’on va.
 

   Mon appréciation de intrabasses peut paraître quelque peu mitigée. Que nenni. Certes je l’ai sans aucun doute moins adoré que les autres, sur mon échelle personnelle de Noon (il y a les «Ouah-pfff-….c’est…-faut-inventer-de-nouveaux-mots-parce-que-j’en-ai-plus », il y a les « Noon-il-est-pas-comme-nous-il-vient-d’une-autre-planète-j’veux-aller-vivre-sur-cette-planète!!!! » et puis il y a les «c’est-du-bon-mangez-en »). intrabasses est dans la catégorie « c’est-du-bon-mangez-en ».


   En fait soyons clairs, Noon est le prochain stade de l’évolution. Il y est juste arrivé avant nous. Et vous pouvez commencer par intrabasses pour vous rendre compte de l’étendue de son avance.
 

   Et La Volte dans tout ça? (Vous pensiez y échapper peut-être?) Mais La Volte, ma brave dame/mon brave monsieur rayez la mention inutile, c’est un vaccin contre la connerie, suivez la prescription du docteur : achetez La Volte, le monde n’en sera que meilleur. 

CITRIQ

15 mai 2014

Et pis c'est au Chili, ça tombe bien.



   Santiago, en plus d’être une ville, est un homme qui est un flic. Il aime plutôt ça, être flic. Ce qu’il n’aime pas en revanche, c’est avoir à tuer quelqu’un. Par contre, en plus d’être flic, ce qu’aime Santiago, l’homme, c’est suivre des femmes dans les rues de Santiago, la ville, comme ça, sous prétexte qu’il les trouve bien roulées, les femmes pas les rues. Ce qu’il n’aime pas en revanche, c’est que sa petite amie, qu’il aime et c’est lui qui le dit, apprenne qu’il suit d’autres femmes, voire plus si affinités. Ce qu’il va détester encore plus que tout le reste des choses qu’il n’aime pas, c’est que dans la même journée, il va tuer un gamin des gangs et se mettre à suivre une femme dans la rue, et ça, ça va quand même vraiment le foutre dans la merde cette histoire.


   Les Rues de Santiago c’est l’équivalent d’un café noir, bien serré, sans crème et surtout sans sucre, merci. Un petit polar urbain bien noir : petit parce 150 pages presque une novella, urbain parce que quasiment toutes les scènes d’accélération du récit se passent dans la rue.


   Les Rues de Santiago, c’est aussi un personnage principal pas tout à fait sympathique, pas tout à fait détestable non plus (quoique à certains moments…), et surtout pas tout à fait aussi clair et au dessus de tout soupçon qu’il aimerait l’être et nous le faire croire. Il se prend un peu pour un dur mais paraît parfois un peu con sur les bords, j’ignore si c’est voulu par l’auteur mais ça fonctionne. On a quand même envie de savoir comment il va se dépêtrer de tout ça voire s’il va s’en dépêtrer tout court. Pour entourer ce Santiago, il y a aussi des personnages secondaires, un peu glauques, un peu fouineurs, un peu fatal(e)s, et une intrigue basée sur la tromperie. Mais surtout, Les Rues de Santiago c’est une écriture sèche, cadencée, pleine d’un humour acide et grinçant, d’une efficacité redoutable pour ce genre de texte. Ce qui nous ferait presque regretter qu’il ne soit pas plus long… ou alors nous fera attendre avec impatience que l’auteur s’attaque à quelque chose de plus dense. Avec Grande Impatience. En attendant…


« "Votre nom est Santiago Quiñones?"
 On est mal partis, en plus d’être nain, il est débile, ce qui n’est jamais bon; il est toujours préférable d’être traqué par quelqu’un de futé. L’intelligence est prévisible, la stupidité te laisse désarmé parce que tu ne sais jamais ce qu’on peut te sortir. »



   Un petit plaisir donc, à ne surtout pas se refuser pour ceux qui apprécient le genre.



CITRIQ

6 mai 2014

Don’t worry, read Tuttle.



   Vous l’avez attendu à vous en faire claquer les neurones de la patience (si si, on vous a vu errant comme une âme en peine vêtu de votre tee-shirt préféré « She will be back… too»), et bien… … AYÉ!!!! Enfin, le Lisa Tuttle nouveau est arrivé et croyez-moi ou pas (enfin c’est pas la peine de venir ici si c’est pour pas me croire!), c’est pas un goût de framboise-banane qu’il a mais bien le goût du 100% AOC Tuttle, autrement dit le goût du fantastique, le goût de l’angoisse, le goût de l’onirisme, bref! en un mot comme en cent ou même en deux : Quel Talent!


   Et c’est bien évidemment les éditions Dystopia, qui avaient déjà jadis-y-a-peu-de-temps lancé la pierre dans la marre avec Ainsi Naissent les Fantômes, qui s’y recollent avec cette fois-ci aux commandes de la traduction et de la présentation Nathalie Serval (souvenez-vous dans le premier c’était Mélanie Fazi) pour 14 nouvelles à découvrir ou re-découvrir, mais en tout cas à lire, c’est un ordre.


   Pourquoi? me demanderez-vous. Et bien, première raison : parce que, ce qui en soit constitue toujours un argument de choc.

   Deuxième raison : Lisa Tuttle, ce qui en soit est également un argument de choc, doublement plus efficace que le précédent.

   Troisième raison : je suis persuadée que quoique vous en disiez vous n’avez rien de plus intéressant à faire et cherchez bien parce que il n’y a quand même que peu de choses qui puissent se révéler plus intéressantes que lire Lisa Tuttle, là tout de suite.

  Quatrième raison : parce que rien que l’objet livre donne envie de le toucher et donc, de le lire! Merci qui? Merci Stéphane Perger! 



   Cinquième raison : parce que Lisa Tuttle élève la nouvelle au rang d’art. Chaque nouvelle possède une architecture parfaite, invisible mais bien là, discrètement et élégamment masquée par une écriture au scalpel. Rien n’est en trop. Rien ne manque. Un équilibre idéal pour encore une fois se jouer de nos peurs et de nos frustrations, celles qu’on s’impose ou qui nous sont imposées. Lisa Tuttle les met en image, leur donne littéralement vie en les personnifiant.


   Ces 14 nouvelles reflètent les thèmes chers à Lisa Tuttle déjà apparus dans Ainsi Naissent les Fantômes : la femme et donc la féminité et le féminisme, la maternité, la création, l’enfermement, la peur de la mort.


   Les Chambres Inquiètes , c’est parfois du fantastique qui n’en a pas l’air comme dans Vol pour Byzance (particulièrement stressante, on se surprend à vouloir dire à l’héroïne « mais barre-toi de là!!) ou Une Amie en Détresse ; c’est parfois drôle de manière ubuesque comme dans En Pièces Détachées ou Propriété Commune ; c’est parfois poétique et triste comme Oiseaux de Lune ou L’Autre Chambre ; mais c’est toujours terrifiant parce qu’au-delà de l’aspect fantastique, Lisa Tuttle réveille toujours une peur primaire. Car, en entendant des bruits de raclement et de grignotement dans la maison le soir quand le calme s’impose, qui peut dire que ce n’est pas à Nid d’Insectes qu’il pense et à la possibilité de se faire bouffer? Qui a envie de redevenir cette fille banale menant une vie sans intérêt dans un bled paumé sans attrait, sans ambition, sans ami, sans rien qui puisse laisser une trace disant j’étais là? Qui, en regardant son enfant, n’a pas cette crainte de le voir disparaître? Qui n’a jamais rêvé (cauchemardé plutôt) se réveiller dans un endroit inconnu parmi des gens inconnus sans savoir et sans trouver comment rentrer chez soi?


   Et voilà! Besoin d’autres raisons pour vous jeter sauvagement sur Les Chambres Inquiètes (et sur Ainsi Naissent les Fantômes si ce n’est pas déjà fait)?

   Les Chambres Inquiètes c’est beau, c’est bon mangez-en! Achetez du Lisa Tuttle sinon… … vous le regretterez.




CITRIQ

7 avr. 2014

Ç'est sûrement l'album de la maturité.

  2014 sera une année voltée et c'est pas de ma faute! Eh oui, ça y est, les éditions La Volte viennent d'atteindre l'âge honorable de ... 10 ans!


  Pour l'occasion, l'association grenobloise des Rêv'ailleurs organise une exposition autour du monde des livres de La Volte.




  Comme je ne doute pas une seule seconde que vous savez lire tous seuls une affiche et que vous savez également tous seuls ou aidés d'un(e) ami(e) cliquer ICI pour d'autres informations que vous pourrez continuer de lire seuls ou accompagnés, je ne vous ferai pas l'affront de vous faire remarquer au risque de répéter que l'inauguration aura lieu le vendredi 18 avril en présence de Messieurs Damasio et Barbéri ainsi que Monsieur E. (oui souvenez-vous celui-là même qui a créé La Volte).


  Eh! Vous avez remarqué?! Il y aura une inauguration le vendredi 18 avril à partir de 18h aux 7 Royaumes avec Alain Damasio, Jacques Barbéri et Monsieur E.! Et si vous avez bien regardé, juste avant, vers 15h, il y aura une table ronde pour les plus curieux (et non je ne vous ferai pas non plus l'affront de vous expliquer que la table ne sera pas forcément ronde).


  Et c'est pas tout! Alain Damasio et Jacques Barbéri viendront aussi écrire dans vos livres pour vous les rendre après, votre petit nom et des phrases qui voudront dire des choses. Ce sera le samedi 19 avril à la librairie O'Merveilles, ICI. Si vous voulez, vous pouvez même faire d'autres clics ICI et ICI.


  Alors ils sont pas forts ces grenoblois?





  Avec tout ça, je vous sers comme d'hab', un petit "Achetez La Volte, La Volte vous le rendra!", ça peut pas faire de mal.

10 mars 2014

C'est l'histoire d'un mec . . .

  Dans les années 70, un dénommé Sixto Rodríguez sortit deux albums. Tous les ingrédients étaient là et pourtant, allez savoir pourquoi, rien. Que dalle. Aucune envolée. Sixto est rentré chez lui. Ça aurait pu s’arrêter là. Heureusement que non, ça aurait été dommage car en fait, son histoire ferait un bon bouquin, ou à défaut, un super documentaire.



  Pour tous ceux qui croient aux puissances de l’invisible, au hasard faisant bien les choses, ou même… au Destin, ce documentaire est pour vous. Pour tous les autres, amateurs de bonnes histoires sous toutes leurs formes, Sugar Man est aussi pour vous.


  Comment expliquer le parcours de Rodríguez? Aux Etats-Unis, il sort deux albums qui auraient dû marcher, et alors que c’est l’inertie dans son pays et qu’il disparaît des radars pour retourner à l’anonymat (pendant qu’un mythe urbain morbide s’écrit tout seul autour de cette disparition), ses albums arrivent en Afrique du Sud et rencontrent là le succès qui aurait dû être le sien dans son propre pays. Mais le fait le plus incroyable, c’est que ce succès est advenu et a perduré sans même qu’il le sache! 


  En Afrique du Sud, c’est un peu la folie. Les ventes explosent et l’icône mania se développe autour de ce chanteur dont ils ne savent quasiment rien. Jusqu’à ce que deux passionnés décident de mener l’enquête pour en apprendre d’avantage sur ce chanteur dont on ne connaît que le nom et la photo sur une jaquette d’album. Après moult farfouillements, ils découvrent que non seulement Rodríguez n’est pas mort, mais qu’en plus, il vit toujours à Detroit, sa ville natale, qu’il travaille dans le bâtiment et qu’il n’a absolument aucune idée de son statut de l’autre côté de l’océan dans un pays où il n’a jamais foutu les pieds.


  Sugar Man est un documentaire passionnant autour de cette recherche et de ce que peuvent accomplir deux individus quand ils sont menés par une passion commune, mais aussi sur le personnage de Rodríguez, touchant d’humilité et de simplicité. Aucun regret ne semble l’effleurer lorsqu’on lui parle de toutes ces années où il a vécu une vie presque « ordinaire » alors qu’à des milliers de kilomètres de là, il était une vraie star. Sans compter l’argent de ces ventes jamais arrivé jusqu’à lui. Loin d’être un « looser », c’est un homme simple, un artiste honnête, satisfait du boulot accompli sur ses deux albums, le reste faisant partie pour lui des aléas de la vie et du milieu de la musique. Ça ne l’empêchera pas d’aller faire coucou aux sud-africains qui le recevront avec une sorte de joie extatique. Un documentaire et surtout un artiste à découvrir (ou à re-découvrir) à travers une superbe bande son.



P.S : un merci à ma cousine perdue retrouvée pour avoir attirer mon attention sur ce film vers lequel je ne serais pas forcément allée naturellement.

4 mars 2014

Qui suis-je? Où vais-je? Mais surtout, qui boufferai-je?



Dans l’épisode précédent :
Jack est un loup-garou. Jack croit être le dernier des loup-garous. Les loup-garous sont chassés par une organisation souterraine confidentiellement secrète à but occulte mais connue des créatures qu’elle pourchasse. Jack en a marre de vivre tout seul donc Jack attend la chasse pour en finir. Mais SURPRISE!! Il y a un autre loup-garou. Une loup-garou. Comme Jack est un peu crétin, Jack tombe amoureux, ce qui n’empêchera pas Jack de se faire dessouder.


Et maintenant, la suite : 
Talulla, la loup-garou de l’épisode précédent, croit être la dernière des loup-garous. Bon, pas pour longtemps car Talulla est enceinte (de Jack, le susnommé décédé). Mais évidemment, une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, la nuit de la mise bas, les vampires débarquent et lui chouravent le louveteau. Mais SURPRISE! Il y en a une deuxième qui arrive! (Oui des jumeaux donc). En fait, ça on s’en fout un peu. Donc, que va faire maman loup-garou pour récupérer bébé? Mais surtout comment va-t-elle le faire, seule et abandonnée de tous? Mais SURPRISE! Non, mais ça va là, je vous en ai déjà assez raconté.


  Bon pour ceux qui n’auraient pas suivi (enfin, quand même je pense avoir été claire non?), Talulla est la suite du Dernier loup-garou (en plus c’est marqué dessus!) de Glen Duncan, roman précédemment lu et dont j’avais mentionné ma grande déception (ICI pour ceux que ça intéresse et LÀ aussi pour l'avis de Kiki43, profitez-en c'est pas souvent qu'il le donne) mais aussi, tout de même, ma curiosité pour la suite.


   Ben voilà, la suite est lue. Et trêve de suspens, je lui ai trouvé quasiment les mêmes défauts qu’au Dernier loup-garou. Alors pour faire simple, prenez le livre, divisez-le en deux, et je dirais que la moitié du roman est occupée par des tergiversations et autres questionnements « existentiellement » internes pour une autre moitié consacrée au déroulement de l’histoire. Ça pourrait paraître équilibré. Pourtant, cela m’a paru disproportionné. Pourquoi donc? Et bien parce que je me suis tout simplement ennuyée. Comme pour le Dernier loup-garou, j’ai trouvé tous ces questionnements redondants à force d’être tournés dans tous les sens. Surtout que ces sujets avaient déjà été abordés par Jack dans le roman précédent. Bon d’accord, là c’est du point de vue féminin et je dois reconnaître que Glen Duncan ne s’en sort pas trop mal de ce côté-là. 


   Comme Jack, Talulla s’interroge sur le « qui suis-je? » : un loup-garou, c’est géniaaale! Mais c’est terrible aussi, c’est une malédiction car je dois manger des gens et j’y prends un certain plaisir ainsi qu’un plaisir certain. Mais c’est quand même trop géniaaaaaaale!


   Comme Jack, Talulla ressasse aussi le « qui baiserai-je? » : le loup-garou a une libido très exigeante. C’est cool mais en même temps qu’est-ce que c’est chiant! J’ai un mal fou à me concentrer à 100% sur un problème et ça peut devenir gênant.


  Comme Jack, Talulla se dit qu’effectivement le temps va paraître long si elle est la dernière de son espèce. Heureusement qu’il y aura les gosses. Si tant est qu’elle récupère celui qui manque à l’appel.


   A ce moment s’ajoutent des questionnements propres à Talulla et à son nouveau rôle de mère, sa relation à ses enfants, le lien maternel est-il là, pas là, sujets certes intéressants si, encore une fois, ils n’étaient pas répétés, encore… et encore…


   Quant à l’histoire elle-même, et bien pareil, même problème que le Dernier loup-garou. Un début attrayant, des pans où l’histoire avance bien, on se laisse porter, on déroule (il y a même le vampire mystérieux qui titille la curiosité… il arrive un peu tard mais bon le principal c’est qu’il arrive), et puis soudain, PAF!, l’histoire d’amour qui m’a gonflée, tellement téléphonée que tu la vois venir à 3 kilomètres. Rajoutez à cela quelques morceaux de bons sentiments dégoulinants de bonté (le top restant l’accolade qui se veut virile des deux meilleurs potes, l’un devenu loup-garou, l’autre vampire, mais c’est pas grave comme je t’aime trop, je dépasse la franche aversion de nos deux races, viens dans mes bras mon poto), et la messe est dite.


   Bref, pour conclure, tout comme je l’avais expliqué pour le premier, je ne peux pas dire que Talulla soit un mauvais roman. L’écriture est même plutôt agréable, grâce en soit rendue à Michelle Charrier qui elle fait partie de la race des supertraductrices. Mais simplement, et définitivement, je ne dois pas être le bon public pour Glen Duncan et je ne me forcerai donc pas pour le troisième tome.



   Ainsi donc, pour finir en osmose avec le précédent article sur le Dernier loup-garou, je suis déçuuuuuuuuuue, je suis DE-ÇUE!! M’en fous, puisque c’est comme ça, m’en vais retourner voir l’intégrale de Buffy contre les vampires.



CITRIQ

3 févr. 2014

L’alcool, non, mais Jacques Barbéri, oui!

*

Première porte :

 Si vous êtes jeune, médecin légiste et que votre frère jumeau a fait la démonstration par le tranchoir sur vos parents adoptifs que l’être humain se découpe aussi bien que le rosbif, vous pouvez dire banco à la catégorie alcoolique. Du coup, forcément, si des hallucinations surgissent, vous transportant en des lieux improbables où les animaux parlent et où les araignées veulent vous bouffer, vous pensez naturellement que alcool et hallucination sont de vieilles amies. Et bien, non! Enfin, non pas obligatoirement! Soyez tranquillisé, soyez un alcoolo serein car vous êtes Anjel, héros du Crépuscules des Chimères, et vous êtes un seigneur des portes (AHAH!) ; les hallucinations n’en sont pas, en fait, et les mecs-créatures-autres-engins-de-toutes-sortes souhaitant vous bouffer veulent eux, par contre, effectivement vous bouffer.



Deuxième porte :

 Quand vous ignorez clairement vos origines que votre mère alcoolique et dépressive mais néanmoins canon a toujours refusé de vous révéler, quand vous débarquez pour rencontrer enfin votre grand-mère dont on vous précise qu’elle vous prend pour un démon et envisage une correction définitive de votre acte de naissance, quand vous vous mettez à avoir des hallucinations mettant en scène un barman androgyne mais moustachu et des créatures lovecraftiennes, et quand pour couronner cette journée chargée, vous vous retrouvez dans un universicule avec une danseuse de la fin des temps et un mini dieu à tronche de lémurien fumant le cigare, jouant au poker et vous lâchant comme un tentacule dans le cheesecake que vous êtes un kassakaappimies ; forcément, à un moment :

 1 vous leur rappelez que jusqu’à présent vous avez été poli et qu’il faudrait voir à ne pas abuser car :

 2 vous avez une forte envie de leur en coller une, histoire de rappeler qui commande (même si ce n’est pas vous)

 3 vous vous dites que vous auriez dû noter cette marque de thé car il est beaucoup plus fort que ce qu’on vous en a dit

 4 tout ça, mais en même temps, le tout bien arrosé de Jack Daniels car vous êtes Jack, héros de Cosmos Factory et les plumes vous poussent mais je ne vous dirai pas où.


  Si tout ce que je viens de vous dire vous passe largement au dessus (ou en dessous), que la seule réponse qui vous vienne soit : « oui bien entendu mais faudra leur dire que je serai absent à la prochaine réunion », alors passez votre chemin, courez, virevoltez dans les champs fleuris et n’allez pas encombrer d’avantage un cerveau déjà visiblement bien malmené.


  Si au contraire, les mots « démons », « Lovecraft », « universicule », « kassakaappimies », et « seigneur des portes », vous titillent joyeusement la glande du bonheur, alors jetez-vous sur Cosmos Factory, nouveau roman de Jacques Barbéri, et par la même occasion, comme vous y serez, jetez vous aussi sur Le Crépuscules des Chimères, plus vieux roman de Jacques Barbéri car :

 1 c’est un diptyque! L’un complète l’autre et l’autre complète l’un, l’un dans l’autre lisez les deux.

 2 les éditions La Volte (j’ai déjà dû vous parler d’elles…non?) ont eu la bonne idée (oui! encore une bonne idée!) de rééditer Le Crépuscule des Chimères avec une couverture qui fait miroir avec Cosmos Factory, le tout signé Stéphane Perger, hiiiiiiihiiiihhiiiii, c’est trop beau!


  Le diptyque de la structure fait appel à un univers d’univers, les uns imbriqués dans les autres, reliés entre eux par des portes, avec du vide entre, vide peuplé de mouches amatrices de tranquillité genre néant ; mouches qui détestent les araignées (ouais, d’accord ça c’est normal) qui elles vivent sur la peau des univers et préfèrent quand ça se tire dans les pattes. Dans tout ça, vous rajoutez des dieux plus ou moins sympa (qui ont créé les univers), des seigneurs de guerre, des seigneurs des portes, des forceurs de portes, des humains plus ou moins doués, plus ou moins bouffés, plus ou moins alcoolisés, un peu de sexe, encore un peu d’alcool (faut bien pour supporter tout ça) et des courses poursuites, parce que ce qui fait vraiment le point commun de nos deux héros ou plutôt les deux points communs, c’est :

 1 d’apprendre qu’ils sont des fils de dieux ; on ne les avait pas prévenus, et en plus, on attend d’eux qu’ils sachent se servir de leur pouvoir (ouvrir des portes pour Anjel, forcer des portes pour Jack) (le premier qui demande pourquoi ils n’utilisent pas la poignée, je le force à lire tout Guillaume Musso en breton chanté!)

 2 d’être systématiquement poursuivi par des fous furieux et des bestioles en tout genre dont la seule ambition de leur cerveau monocellullaire est de les bouffer.


  Et oui! Lire Jacques Barbéri, c’est un peu comme ouvrir ses chakras, découvrir son troisième oeil, ou plus simplement comme une soirée bien arrosée, la gueule de bois en moins. Toutefois, le diptyque de la structure est sans doute la partie de l’oeuvre de Barbéri la plus accessible pour les débutants barbériens éventuels, plus facile que la trilogie Narcose car moins chargée en tout ce qui fait la marque Barbéri : personnages physiquement étranges, hallucinations complètement hallucinées pré ou post alcoolisation, univers imbriqués, confusion rêve/réalité (thématiques qui ne sont pas sans rappeler l’univers Philip. K. Dick). Le Crépuscule des Chimères et Cosmos Factory sont également très visuels ce qui permet une assimilation très rapide de ces mondes étranges et une mise en image propre assez évidente. La structure de leur histoire suit également une ligne scénaristique simple, efficace et sans trop de tergiversations. On rentre dedans et si on accroche ce monde, on ne le lâche plus.


  Cosmos Factory dans ses premières pages pose d’emblée l’information que ce roman fait appel à des références lovecraftiennes. C’est sans doute pour cela que c’est mon préféré des deux. Mais que cela ne vous rebute pas. Nul besoin de connaître l’oeuvre de Lovecraft sur le bout des doigts (ce n’est pas mon cas d’ailleurs) pour profiter de celle de Jacques Barbéri. Les principales références, tout le monde les connaît plus ou moins (les bêtes à bec et à tentacules, les anciens dieux, le necronomicon).


  Le Crépuscule et Cosmos se lisent indépendamment, dans l’ordre que vous souhaitez, même si je vous conseille l’ordre chronologique, Le Crépuscule et ensuite Cosmos, pour pouvoir profiter du retour d’Anjel dans Cosmos Factory. Mais vous pouvez parfaitement faire l’inverse, pour me contrarier (m’en fous même pas mal!) ou pour comprendre d’où vient ce personnage intrigant.


  Vous l’aurez compris, le Barbéri, on l’aime ou on le regarde de loin car on a un peu peur que ça vous bouffe le bras, ou le cortex cérébral. Mon cortex cérébral étant déjà bien arrangé, j’ai choisi mon camp.



  Et n’oubliez jamais, en d’autres termes souvenez-vous toujours, La Volte est là, La Volte vaincra, achetez La Volte, La Volte vous le rendra!


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