Seulement dans des livres, comme vous dites. Seulement! Les livres ne peuvent jamais être seulement ; ils peuvent seulement être toujours.
Jeff Noon

23 sept. 2013

A force de faire les choses, le hasard ferait mieux de rester chez lui.




   Eduardo est peintre. Il aurait pu être un très grand peintre mais il se contente désormais, lorsqu’il n’est pas complètement saoul ou abruti par ses antidépresseurs, de réaliser des portraits sur demande. Car Eduardo a fait 13 ans de prison pour avoir tué l’homme responsable de la mort de sa femme et de sa fille dans un accident de voiture.

  Lorsque sa galeriste lui transmet un nouveau contrat, il n’est d’abord pas très enthousiaste à l’idée d’accepter. En effet, une artiste connue lui demande de réaliser le portrait de l’homme qui a tué son fils dans un accident de voiture et qui vient d’être remis en liberté.

   Mais Eduardo sent se tisser un lien avec cette femme qui connaît la même souffrance que lui, sans savoir qu’il vient de prendre un chemin tortueux qui le mènera à croiser d’autres destins, d’autres souffrances à travers une trame hasardeuse qui les relie tous.


   Le nouveau roman de Victor Del Árbol était plutôt attendu. Du moins, par ceux qui avaient lu son premier, La Tristesse du Samouraï, et aussi par ceux qui n’ont pas lu celui-ci mais qui ont une amie l’ayant lu et ayant o combien rabâcher le fait que c’était «juste magnifique». Vous l’aurez peut-être compris, je me situe dans la deuxième catégorie. Du coup, n’ayant toujours pas lu La Tristesse du Samouraï (vous comprenez, des choses à faire, des gens à voir, d'autres romans à lire!), j’étais curieuse de voir ce que donnerait le nouveau.


   Et bien avant toute chose et encore une fois, il convient de préciser que : ami de la dépression, ce livre n’est peut-être pas fait pour toi. (D’ailleurs, puisqu’on en parle, ami de la dépression, peut-être que tu devrais arrêter de fréquenter ce blog car ici, dépressif ou pas, on aime souvent les textes sombres voire très sombres.)


   Bref!


  Le destin (!?! Non je déconne, c’est le hasard!) a voulu que, peu de temps après avoir fini ce roman, je vois une série télé (Touch) dont le concept repose sur l’idée que certaines personnes sont reliées entre elles par un fil invisible, une sorte de destin commun avec effet papillon. Et bien étrangement, c’est la base même du roman de Victor Del Árbol. La comparaison s’arrêtera là.


   Bien qu’il soit paru en Actes Sud noirs, La Maison des Chagrins n’est pas un roman policier mais plutôt un roman noir. Ne vous attendez donc pas à une quelconque enquête ou un quelconque effet de suspens, il n’y aura aucun des deux. 


  Et puisqu’on parle de Actes Sud, il faudrait qu’on m’explique comment on passe de ça :



à ce titre foireux La Maison des Chagrins. Parce que du chagrin, ok, mais de maison, que nenni! Mais bon, passons, les voies de l’édition sont souvent impénétrables!


   La Maison des Chagrins est un roman choral. Vous connaissez le principe : plein de personnages qui a priori ne se connaissent pas et qui finissent tôt ou tard par se croiser (et pas forcément dans la même maison, enfin je dis ça...). De ce point de vue là, le roman est idéalement conçu. Peut-être trop idéalement. Victor Del Árbol pousse tellement loin cet effet de construction, qu’on finit par se dire qu’effectivement, la vie possède un sens de l’humour assez particulier. 


  Les personnages sont variés avec une psychologie assez approfondie et pourtant ils sont tous construit de manière identique : chacun est une sorte de cabossé de la vie qui va découvrir peu à peu que la vérité n’est jamais que celle que l’on veut bien prendre comme telle; tous sont dévorés par un désir de vengeance et c’est cette volonté de vengeance qui finira par tous les relier et qui permettra à l’histoire de prendre toute son ampleur car au final, tous sont à la fois victime et bourreau. 


«N’avons-nous pas tous un monstre en nous? Qui attend le bon moment pour se débarrasser de cette fausse peau qui le dissimule.»


   Victor Del Árbol aborde ainsi la question de savoir jusqu’où peut-on pousser son désir de vengeance. Et lorsqu’il disparaît, laisse-t-il autre chose qu’un vide si profond que rien ne peut venir le combler?


«A quoi sert la douleur, si on ne peut la partager avec celui qui te l’inflige? Je ne suis pas là pour pardonner, Eduardo. J’ai besoin de comprendre, et j’ai besoin de haïr.»


   Victor Del Árbol déroule son histoire avec une écriture simple, sans envolée lyrique mais parsemée par-ci par-là de petites fulgurances. 


«Cette femme parlait par les yeux, et ses brefs battements de paupières étaient autant de points et de virgules.»


   Ainsi, on pourrait croire que j’ai adoré ce livre ou tout au moins beaucoup aimé. Et pourtant...Il s’avère que d’un point de vue «clinique», strictement professionnel («l’oeil du libraire»), j’arrive à voir, je sais même, que ce roman est bon, bien construit, bien écrit, bref, maîtrisé de bout en bout. Mais je dois dire que je n’ai été touchée par aucun personnage, aucun ne m’a émue, rien, pas une goutte d’empathie. Et quand on doit vraiment chercher longtemps pour trouver ce qu’on pourrait dire sur un roman, ce n’est généralement pas bon signe. Toutefois, il s’avère également que dernièrement, La Maison des Chagrins n’est pas le seul roman a avoir eu cet effet sur moi ou devrais-je dire à n’avoir eu aucun effet sur moi alors que tous les ingrédients étaient là pour que je puisse l’aimer. 


   Alors quoi? Et bien rien. Eh, oui, je vais juste lâchement vous laisser vous démerder avec ça! 


CITRIQ

2 sept. 2013

The eye of the chicken.




 Margarita : un paradis caribéen pour touristes européens. Edeltraud Kreutzer, originaire de Düsseldorf, se rend sur cette île pour comprendre les circonstances de la mort de son fils, Wolfgang, retrouvé noyé sur la plage où il tenait un bar. Perdue dans cet environnement radicalement étranger, elle fait appel à José Alberto Benítez, un avocat local qui va l'aider dans ses démarches. Leurs recherches mettront au jour une autre île, bien éloignée des hôtels all-inclusive : la Margarita de la jungle bureaucratique, des passe-droits en tout genre, mais aussi celle des combats de coqs qui ont tant fasciné Wolfgang..


  Avertissement préliminaire pour vous faire gagner beaucoup de temps : si vous êtes dépressif et que vous trouvez que la vie en générale et la vôtre en particulier manque singulièrement de sens de l’humour et d’à propos, ne lisez pas ce livre qui ne fera que vous confirmer que toutes les chansons vantant le mérite des pays ensoleillés et que soit disant l’herbe est plus verte au soleil ou autres conneries du genre, c’est du flan! Au soleil, l’herbe, elle grille.


  Si en revanche, vous êtes adeptes du voyage hors zones touristiques, si vous êtes du genre à chercher le contact du véritable autochtone, si vous aimez découvrir le vrai visage du pays visité et si pour vous les cartes postales font partie des légendes urbaines, alors ce livre est potentiellement fait pour vous.


  Tout ça pour vous dire que L’île invisible, c’est beau, mais c’est pas joyeux (en fait c’est Francisco Suniaga donc rien à voir avec Blanche Neige, aucun lien... je sais, elle est très mauvaise mais j’avais quand même envie de la faire!)


  Avec L’île invisible, les éditions Asphalte ajoute un titre à leur catalogue de romans à ambiance hyper réaliste. Souvenez-vous, c’était déjà le cas de La vie est un tango de Lorenzo Lunar, et tout comme La vie est un tango, L’île invisible ouvre l’emballage, le packaging spécial office du tourisme pour vous montrer ce qu’il y a au delà.


  Dans L’île invisible, c’est une mère en quête de réponses qui débarque sur Margarita et non une touriste en quête de soleil et autres activités commençant par la lettre s. A ce titre, le roman de Francisco Suniaga nous offre le très beau portrait d’une mère qui espère, qui veut pouvoir trouver une raison d’accepter la disparition de son fils. Et cette volonté inaltérable va se retrouver confrontée au choc des cultures. 


  Car sur l’île de Margarita, tout se passe à un rythme différent, un rythme qui lui est propre et auquel le nouvel arrivant doit s’adapter. En effet, ce qui paraît agréable et dépaysant à vivre pendant deux semaines de vacances, semble complètement différent voire perturbant à expérimenter au quotidien.


  L’île invisible possède ce même rythme dans sa lecture, tout en lenteur, en perception, en émotion et sensation (même la playlist, n’oubliez pas cette petite marque de fabrique des éditions Asphalte, est ainsi). Lire L’île invisible, c’est s’installer dedans comme on s’installe dans un hamac, bien calé au fond, un petit verre de rhum à portée de main, et se laisser envelopper, presque bercer par cette quasi langueur, oubliant la vie effrénée qui, elle, s’active tout autour. Par conséquent, les amateurs de romans cadencés ne s’y retrouveront certainement pas. 


  Le personnage de la mère aurait toutefois mérité d’être développé. Rapidement, c’est l’avocat qui devient le personnage principal et toute l’enquête (si l’on peut vraiment parler d’enquête) passe par lui. C’est un des points faibles du roman, il me semble, car l’avocat n’est pas le personnage le plus intéressant. D’ailleurs, les passages entre lui et un de ses amis tournant autour d’une discussion sans fin au sujet d’un rêve, sont les seuls moments à m’avoir un peu déroutée et limite ennuyée.


  Heureusement, survient le journal intime du fils et c’est ce qui m’a permis de ne pas décrocher. On y découvre son initiation aux combats de coqs et surtout la passion et l’addiction qu’ils vont provoquer chez lui.  Si ce monde peut paraître violent et/ou choquant aux yeux d’un européen, il peut aussi engendrer une sorte de fascination étrange. 


  Bilan mitigé donc pour la lecture de L’île invisible qui possède certes quelques défauts (une écriture parfois trop empesée...les fameux passages au sujet du rêve de l’avocat) mais qui nous fait aussi croiser des personnages touchants (le triangle de la mère, du fils et de la belle-fille) dans un milieu dépaysant. Ces moments-là compensent plus que largement les précédents et pour eux, L’île invisible mérite amplement la lecture.

Parution le 12 septembre.


CITRIQ

31 août 2013

Envie de pop-corn ?




  2154. Comme il se doit, les humains ont tout salopé la Terre : pollution, famine, surpopulation... Les riches sont très riches et les pauvres sont très pauvres. Du coup, pas cons, les riches se sont construit une sorte d'arche de Noé, une station spatiale très sélect toute belle et toute proprette, bien visible depuis la Terre, histoire de rappeler aux pauvres qui sont les patrons.

  Depuis qu'il est enfant, Max fait comme les autres enfants : il rêve qu'un jour, il pourra aller sur Elysium. Devenu adulte, il est surtout voleur de voiture en probation. À la suite d'un incident, il n'a plus que 5 jours à vivre, 5 jours pour trouver un moyen d'aller sur Elysium car il n'y a que la-haut qu'il pourra être soigné.


  Qui dit Jodie Foster, dit film que je dois voir. Qui dit Jodie Foster + Neill Blomkamp (réalisateur et co-scénariste de District 9 que j'avais adoré, et qui ré-endosse la double casquette pour Elysium) dit film que je dois Absolument voir. 


  Elysium et District 9 ont beaucoup en commun: par la mise en scène, la photographie et certaines thématiques. On retrouve dans les deux les bidonvilles, le clivage des classes sociales, le héros qui sera amener à choisir son destin. Blomkamp aiment toujours autant les scènes d’action tournées caméras à l’épaule alternées avec de larges plans panoramiques des décors (qui sont juste magnifiques cela dit en passant) histoire de se reposer les yeux.



  Le résultat est bon parce que tout s’intègre bien : les effets spéciaux juste ce qu'il faut pour soutenir l'histoire et non l'inverse, une histoire donc, simple et efficace, sans fioriture, des décors comme je l’ai dit magnifiques (de beauté : Elysium, ou de réalisme : le bidonville, l’usine) et des acteurs de bons à parfaits (oui, là je vais dire quelques mots sur Jodie).


  Donc la meilleure : Jodie Foster, toujours aussi parfaite (c'est limite agaçant). Elle endosse une nouvelle fois (comme dans Inside Man) le rôle de la salope froide, ici une politicienne qui ne craint rien tant qu’il s’agit de protéger son sanctuaire, pas même de prendre des décisions disons, brutales (genre liquidez-moi ces réfugiés avant qu'ils n'arrivent à nos portes) le tout en buvant son café.



  Bref, comme disait Pépin, l'histoire est bonne, elle respecte les codes du genre. Ce qui fait d'Elysium, non pas un film transcendant qui marquera votre vie par la force de son sujet ou son originalité, mais un très bon film de SF qui a la bonne idée de ne pas être trop long et qui a surtout l'intelligence de ne pas prétendre à autre chose que cela.

13 août 2013

Le vol à destination d’Ailleurs, bientôt disponible.


L’Archipel du Rêve.

Des centaines d’îles éparpillées entre le Continent Septentrional et Sudmaieure. Des milliers. Des centaines de milliers. A cause du phénomène des gradients temporels, personne ne sait, aucune carte ne peut être tracée.
Sur les Aubracs sévit un insecte mortel, redouté.
Sur Collago, le secret de l’immortalité a été découvert, mais le traitement n’est pas à la portée de toutes les bourses. 
Sur Tremm, interdite aux civils, des explosions retentissent chaque nuit...
Même dans la zone de neutralité que représente l’Archipel, certains conflits demeurent...

Avec Les Insulaires, Christopher Priest nous invite à explorer certaines îles de l’Archipel du Rêve, nous faisant découvrir leurs mystères, leurs principales attractions touristiques et artistiques. Cependant, il se pourrait bien qu’un meurtre énigmatique, voire plusieurs, se cachent dans les pages de cet atypique guide touristique.



  Vous n’êtes pas parti en vacances faute de moyens, faute d’envie, faute d’autre chose qui ne regarde que vous, alors Les Insulaires est le livre qu’il vous faut.


  Vous êtes parti en vacances mais c’est comme si vous n’étiez pas parti car cela s’est révélé aussi foireux qu’un rencard organisé, alors Les Insulaires est le livre qu’il vous faut.


  Vous êtes parti en vacances et c’était tellement bien que l’idée de revenir vous excite autant qu’un rendez-vous chez le dentiste, alors Les Insulaires est le livre qu’il vous faut. (Si vous faites partie de la catégorie de personne qu’un rendez-vous chez le dentiste excite, pas de problème, Les Insulaires est aussi le livre qu’il vous faut!)


  Bref, vous l’aurez compris, d’où que vous veniez et où que vous alliez, quelque soit le sens de votre vie et du reste, Les Insulaires est le livre qu’il vous faut en cette fin de vacances, période qui coïncide bizarrement avec le début de la rentrée.


 Véritablement conçu comme un guide touristique, Les Insulaires vous emmènera de nouveau au sein de l’Archipel du Rêve. De nouveau, car Christopher Priest avait déjà écrit un recueil de nouvelles sur l’Archipel, judicieusement intitulé L’Archipel du Rêve. Cohérence quand tu nous tiens! Ce sera peut-être un premier voyage si vous n’avez pas lu ce précédent, et ce n’est pas grave car nul besoin de connaître l’Archipel pour pénétrer l’Archipel! 


  Cette fois-ci, Priest dresse un inventaire non exhaustif d’une cinquantaine d’îles en nous donnant moult détails sur le climat, le relief, la faune et la flore autochtones comme tout bon guide touristique, mais aussi en les racontant  par le biais des évènements s’y étant déroulés et des personnages y ayant vécus. Un évènement en particulier, un meurtre, va créer par ses causes et ses conséquences des ramifications dans les autres histoires et relier le destin de plusieurs personnages, comme un fil conducteur, une toile qui s’étend sur toute l’Archipel.


  Ni roman, ni recueil de nouvelles, Les Insulaires en surprendra plus d’un de par cette construction. Certaines histoires ont la touche de dépaysement d’une carte postale, d’autres recèlent une certaine poésie, et presque toutes possèdent une pointe de mystère inquiétant, effet assez typique du fantastique à la Priest. L'auteur souffle le chaud et le froid dans l’enchaînement de ces histoires et quand vous voudriez en savoir plus, il tranche à vif ce suspens créé pour vous emmener complètement ailleurs. Au final, on se rend compte combien on se fait balader, car Les Insulaires se lit justement comme une visite guidée où vous ne choisissez pas votre chemin, où votre impatience d’en découvrir plus est bridée pour mieux être rassasiée au moment où le guide le choisit. Car Christopher Priest  est un guide averti qui maîtrise sa promenade et on lui laisse les rênes avec plaisir.


  Son écriture fluide exerce une nouvelle fois sa magie car une fois entamée la lecture, on se laisse porter tout du long sans se rendre compte du temps qui passe et des 400 pages qui défilent.


 On finit ce roman avec une certaine mélancolie, peut-être même un petit coup de blues, justement comme un retour de vacances mais l’avantage des Insulaires sur les vacances, c’est qu’on peut le relire de suite! 


  Les Insulaires n’est sans doute pas le meilleur roman de Priest, du moins pas à mon goût (Le Prestige et Le Monde Inverti restant mes préférés à ce jour), mais il se positionne pas très loin derrière, je dois le reconnaître.


  Il est apparemment conseillé de lire La Fontaine pétrifiante et L’Archipel du Rêve avant Les Insulaires car ils forment un triptyque. Je ne l’ai pas fait et même si la lecture des trois apporte certainement une force supplémentaire à chacun des livres, la non lecture de L’Archipel et de La Fontaine ne gêne pas la compréhension des Insulaires. Mais à vous de voir.


  Et si vous n’avez jamais lu de Christopher Priest du tout et que vous choisissez Les Insulaires pour commencer (choix au combien audacieux), il vous démontrera cette capacité étrange (et un peu magique) de l’auteur britannique à vous transporter sans aucun effort. Il fait des Insulaires ce que j’aime appeler un «livre à voyager» car où que vous soyez, c’est lui qui vous emmène ailleurs.


CITRIQ

5 août 2013

La vie c'est comme une boite de chocolat . . .


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  Lorsque la narratrice arrive à Hollywood pour y effectuer une recherche biographique sur Buster Keaton, elle ne sait pas encore que son enquête va bifurquer dans une direction très personnelle, réveillant le souvenir d’Henri, ce frère « différent » qui l’a accompagnée pendant toute son enfance. 


  Buster Keaton. Il n’en fallait pas plus pour attirer mon attention et me faire céder à la tentation de lire ce roman de Florence Seyvos. Et bien m’en a pris car si Le garçon incassable ne nous donne qu’une biographie sélective de l’acteur phénomène, il n’en reste pas moins un pur moment jouissif de lecture, d’une densité incroyable malgré ces quelques 170 pages, tout en finesse et en délicatesse, avec ces moments de dureté mais aussi de douceur, et surtout une luminosité qui force le respect et le sourire.


  Le garçon incassable se lit comme se regarde un album photo : à travers ses moments forts et toute la subjectivité de celui qui a pris les photos.


  En faisant un parallèle entre la vie de Buster Keaton, le roi de la chute, et Henri, le frère handicapé de la narratrice, pour qui une flaque d’eau représente un obstacle immense, Florence Seyvos rend hommage à la ténacité de ce frère et de ceux qui ont cru en lui. Elle porte un regard émouvant mais non dénué d’humour sur la différence et sur les relations frères/soeurs, et nous prouve surtout que cet amour fraternel ne dépend pas des liens du sang.


  Le garçon incassable est aussi l’histoire de deux destins loin de la facilité, deux vies moins ordinaires chez qui l’adversité a révélé le meilleur d’eux. Ne vous refusez surtout pas cette belle balade entre vieux films en noir et blanc et moments «forrest gumpiens».


CITRIQ

16 juil. 2013

Mais lesbien raisonnable?




  Clémentine est une adolescente comme toutes les autres, jusqu’au jour où son chemin croise celui d’Emma. Et là forcément, il va se passer des choses...


... ou pas tant que ça.

  Editée en 2010, la bande dessinée Le bleu est une couleur chaude m’avait déjà intriguée à l’époque en raison de son sujet. Toutefois, après un survol rapide, le dessin ne m’avait pas accrochée et je n’avais donc pas poursuivi mon investigation. Mais puisque le film qui en est «librement adapté» (très librement d’après ce que j’ai compris) a fait parlé de lui à Cannes, puisqu’une amie l’a lue et l’a aimée et puisque je m’étais dit qu’il faudrait bien un jour que je dépasse mes a priori sur le visuel de la chose, j’ai fait comme Renaud : j’ai réfléchi et je me suis dit que c’était trois bonnes raisons pour me retenter la lecture.


  Résultat : eh bien, parfois, dans la vie, il faut savoir suivre son instinct. Explication d’une «petite» déception.


  L’histoire du Bleu est une couleur chaude est des plus classique : une ado s’interrogeant sur sa sexualité qui rencontre une lesbienne assumée et dont elle va tomber amoureuse. S’en suit bien sûr tous les thèmes récurrents des histoires traitant de la découverte de soi : la honte, l’incompréhension, la peur, l’excitation, le regard des autres, le rejet par les parents, l’acceptation etc... etc... et ce serait mentir de dire que l’auteur, Julie Maroh, ne traite pas ces thèmes avec toute la délicatesse et la pudeur requise. Toutefois, à mon grand regret, elle le fait sans originalité (il avait dû partir en vacances le jour là). Car c’est bien là mon plus gros reproche : rien dans le scénario ne vient enrichir le sujet principal, aucune valeur ajoutée qui permettrait de rendre cette histoire différente de toutes les autres déjà vues et lues sur ce même sujet. 


  Pire, là où cela commence à devenir intéressant, au passage à la vie adulte avec les vicissitudes de la vie en couple, arrive comme une douche froide une belle grosse ellipse qui m’a joyeusement laissée sur ma faim. Et puisqu’on parle de faim, parlons aussi de la fin qui est triste. Bon on s’en doutait puisqu’on commence la BD en apprenant que l’héroïne est morte et toute la lecture nous amène à découvrir comment et pourquoi. Il y a son content d’émotion, de nouveau tous les ingrédients sont là mais malheureusement, je n’ai rien trouvé de transcendant ni de profondément touchant.


  Quant au dessin (élément le plus subjectif d’une bande dessinée), malheureusement, je reste sur mes premières impressions. Non pas que le dessin soit horrible, simplement je n’accroche pas. Mais encore une fois, je dois reprocher à l’auteur son manque d’originalité dans la mise en page. C’est assez convenu et donc très plat. Il y a peut-être deux planches qui sortent un peu des sentiers battus mais sinon pas vraiment de prise de risque.


  Alors pourquoi parler de cette BD puisque visiblement, elle n’est pas parvenu à m’émouvoir? Parce que je reconnais quand même que malgré les défauts que je lui trouve, je comprends qu’elle puisse plaire. D’abord, ça se lit tout seul et c’est loin d’être une épreuve insupportable et insurmontable. Ensuite, Le bleu est une couleur chaude a au moins le mérite d’exister et de traiter de ce sujet qu’il est toujours bon de rappeler régulièrement. Enfin, si en ce qui me concerne j’ai déjà lu plusieurs romans sur ce sujet (et oui, je sais qu’il est difficile de comparer un roman et une bande dessinée) et que je lui préfère des textes comme Le puits de solitude de Radclyffe Hall ou encore, Les oranges ne sont pas les seuls fruits de Winterson pour ne citer que ces deux là, je me dis que si certaines jeunes filles se cherchent, Le bleu est une couleur chaude est un titre supplémentaire dans lequel elles pourront au moins se retrouver.

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11 juil. 2013

Les calmars sont nos amis, on n'y touche plus!


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  Billy Harrow, spécialiste des céphalopodes, anime des visites au Muséum d'Histoire Naturelle de Londres, dont l'Architeuthis dux est la pièce majeure. 
 Lorsque l'animal de huit mètres et son immense cage de verre disparaissent sans aucune effraction, la vie de Billy bascule. Une brigade secrète de la police vient l'interroger et le met bientôt en garde contre la secte des adorateurs du dieu Kraken. Mais ces derniers ne sont pas les seuls à vouloir s'emparer du biologiste : des individus impossibles émergent des profondeurs de Londres et traquent désormais Billy, détenteur malgré lui du secret millénaire de la mythique créature des abysses...


  Pour ceux qui l’ignoreraient, China Miéville est un auteur dont quasiment tous les romans ont reçu au minimum un grand prix littéraire de SF (quasiment, car à l’exception du Roi des Rats, le seul non primé si je ne me trompe, à charge de me corriger au cas où). Et si Monsieur Miéville rafle des Locus et des Arthur C. Clarke en veux-tu en voilà, ce n’est pas pour rien. C’est bien parce qu’il est brillant et inventif; et Kraken est une nouvelle démonstration de son talent.


  Mais attention, tout ce talent a évidemment son revers de médaille. Non, China Miéville n’est pas un auteur pour tout le monde car il a une particularité qui peut dérouter plus d’un lecteur : il fait partie de ces auteurs qui ne donnent aucune clef de compréhension à leur oeuvre (ou très peu).  Miéville ne passe pas trois pages à vous raconter pourquoi dans son monde, tout se passe comme ci ou comme ça. Ce monde vous est livré tel quel et les quelques rares indices de compréhension sont disséminés de ci de là, à charge pour le lecteur de se débrouiller tout seul. De là s’en suit naturellement qu’on accroche ou non. Il n’y a pas vraiment de juste milieu. Mais, en échange, les mondes créés par Miéville laissent une grande place à l’imagination du lecteur et à sa capacité d’interprétation. Alors si vous êtes du genre à aimer qu’on vous prenne par la main pour vous guider, effectivement, China Miéville n’est peut-être pas un auteur pour vous. 


  Kraken ne déroge pas à la règle. Il commence comme un roman policier presque classique : la disparition, a priori impossible, d’une pièce de musée assez imposante d’une salle close. Un roman policier «presque» classique, disais-je car la première touche d’étrange survient avec l’arrivée du trio d’enquêteurs qui sont comme un mélange des men in black et des affaires non classées. On se retrouve alors dans la même situation que le personnage principal, sans bien comprendre ce qui arrive, cherchant à se raccrocher à du concret mais en soupçonnant quelque chose. 


  Lorsque Billy bascule de l’autre côté, il découvre un Londres secret mais pas tant caché que ça, fait de magie, de mythes et de religions et c’est là que se situe l’inventivité de Miéville. S’il reprend des thèmes déjà vus maintes fois, ici principalement la magie, ce n’est pas pour nous pondre un énième Harry Potter déguisé en Gandalf. Non, il aborde ces thèmes avec son imagination complètement débridée et détachée de tout carcan et on a réellement une impression de redécouverte. Ici Londres est une entité vivante, les devins fument des clopes dans des ruelles derrière de vieilles boutiques de sport et lisent l’avenir dans le bitume et les canalisations, la magie se condense dans un ipod, la mer possède sa propre ambassade et se découvrir détenteur d’un pouvoir ne vous transforme absolument pas en super héros. 


  A partir du moment où Billy se retrouve kidnappé, Kraken se déroule non stop en un enchaînement de scènes où l’on va de courses poursuites en découvertes, chaque chapitre voire chaque page étant une nouvelle idée. 


  Si l’on peut dire de Miéville qu’il est brillamment inventif, ce qu’on ne peut  pas dire du tout sur lui par contre, c’est que son écriture soit fluide. Elle ne l’est pas. De là également la capacité du lecteur à rester accroché ou non. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’écrit pas bien mais ses concepts et ses idées sont tellement haut perchés, ses mondes tellement foisonnants et il va toujours tellement loin dans le détail, que lire du Miéville demande à chaque moment une certaine concentration. Pourtant, à ce niveau là, Kraken reste un de ses romans les plus faciles à aborder alors si vous vous sentez prêts pour une première immersion, vous pouvez commencer par Kraken. Et si vous connaissez déjà l’auteur, ne vous attendez pas à quelque chose d’aussi bluffant que The City and The City, mais n’hésitez pas, car Kraken reste toujours d’un aussi bon niveau.


  Et si j’avais un souhait à formuler (en dehors de gagner au loto et d’épouser Jodie Foster mais là, on s’écarte des capacités de Monsieur Miéville) ce serait de le voir s’atteler à l’écriture d’un roman de vampires, de zombies ou de loup garou, juste pour voir et être encore une fois époustouflée, par ce qu’il pourrait trouver sur un sujet maintes fois rabâché.


CITRIQ